Steeven Salvat, l'artiste de Menton qui fait vivre les oiseaux dans le street art
Steeven Salvat : l'artiste mentonnais qui anime les murs avec des oiseaux

Steeven Salvat, l'artiste de Menton qui fait vivre les oiseaux dans le street art et donne une âme aux murs

Inspiré par les graveurs naturalistes du XIXe siècle, le Mentonnais expatrié à Paris s'attache à mettre en valeur la biodiversité du quotidien, et sa fragilité. Reconnu dans les galeries comme dans l'espace public, il crée des œuvres qui dialoguent avec leur environnement.

Steeven Salvat a beau être parti de sa ville quand il avait 17 ans, Menton ne l'a jamais vraiment quitté. En souvenirs, comme en inspiration. Car c'est là qu'il a forgé sa sensibilité artistique, d'après ses proches. Tout a pourtant commencé plutôt banalement, reconnaît l'intéressé. Avec les Pokémon et autres mini monstres que tous les enfants – ou presque – s'amusent à copier. Ce n'était pas tellement une passion au début. C'était plus une façon de m'exprimer, glisse le trentenaire. Ça allait de pair avec mon amour pour la nature et les animaux. La région favorise un tel intérêt, je crois. À Menton, avec la mer et les montagnes, on retrouve des biotopes variés et cela permet d'avoir une palette de découvertes tout le long de l'année.

Inscrit à l'école municipale d'arts plastiques (Emap) les mercredis après-midi, Steeven a pu très jeune explorer les diverses techniques de création plastique. Jusqu'à saisir que lui, c'était le trait qui le captivait. Le dessin, le crayon, l'encre. Probablement pour sa facilité : ça demandait peu de moyens, peu de matériel, souligne-t-il. Évoquant les marges de ses cahiers remplies de petites illustrations. À l'école, on nous disait que les dessins parasitaient son travail, se souvient sa mère, Corinne. Heureusement qu'on ne les a pas écoutés. Même si nous n'étions pas Crésus, on a voulu lui donner les moyens de poursuivre dans cette voie.

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Steeven choisit de devenir webdesigner, dans un premier temps. Surprenant ? Pas vraiment. J'ai toujours été intéressé par la création dans son ensemble : la typographie, le design d'interface, le logo. En fait, la possibilité de vivre du dessin m'est venue très tard, je ne l'avais même pas conscientisée, analyse-t-il. Le déclic vient à Paris, où Steeven côtoie des personnes œuvrant dans des galeries ou dans le monde de l'art. C'est le fait d'être à leur contact et dans ce milieu qui m'a permis de l'envisager.

À Grimaud du 18 au 23 mai

Le virage artistique intervient ainsi en 2016. Rapidement, Steeven se démarque par la dimension très technique de son travail. Lui qui ne récuse en rien l'héritage de graveurs tels qu'Albrecht Dürer et Gustave Doré, ou, plus récents, de Moebius et Walton Ford. La plupart du temps, je travaille sur des séries. J'ai une idée et j'essaie de la développer sur plusieurs visuels : cartes de navigation, herbier avec des plantes authentiques séchées et collées… De ces séries sont tirées des expositions, dont de nombreux collectionneurs sont aujourd'hui friands.

Dans chacun de ses projets, le Mentonnais adopte une méthode relevant de l'orfèvrerie. Quand j'ai un concept, je pars d'un croquis très défini. Ensuite, il va y avoir l'approche de la couleur, à l'aquarelle ou à l'acrylique. C'est un support qui va me permettre de donner des ombres, des volumes, des teintes. De sorte qu'après, je vais aller poser mes hachures dessus – chaque ligne l'une après l'autre ; c'est ma signature.

Fin 2025, Steeven a eu les honneurs d'un article dans Graffiti art magazine, le leader de la presse dédiée à l'art contemporain urbain. Alors même que la rue n'était pas son lieu d'expression originel.

Le street art aussi est venu beaucoup plus tard, en faisant une collaboration avec un artiste qui s'y consacrait déjà. Nous sommes allés faire un collage ensemble et j'ai trouvé ça fou. Il m'a mis le pied à l'étrier. Alors que les galeries françaises ne s'intéressaient pas particulièrement à son travail lorsqu'il se dédiait à l'art contemporain et l'illustration – Il y avait peu de place pour le dessin figuratif en France, alors je travaillais plus avec les États-Unis et l'Angleterre – le street art aura eu pour heureuse conséquence de lui ouvrir les portes de ces temples.

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Quand j'interviens illégalement, je fais des collages. Parce qu'il faut aller vite, et que c'est éphémère, pose Steeven. Qui n'exclut pas pour autant les commandes et projets autorisés. À l'instar de sa résidence de quatre mois à la Bergerie nationale de Rambouillet, au terme de laquelle l'artiste a eu le feu vert pour décorer le colombier – classé aux Monuments historiques. À l'instar du festival d'art urbain de Grimaud, également, auquel il participera du 18 au 23 mai. Je vais faire deux fresques. J'ai réussi à transposer ma technique de dessin – de hachures – sur les murs, détaille-t-il. Indiquant que les œuvres représenteront des oiseaux, au cœur de son intérêt depuis deux ans. Ils entrent pleinement dans le concept de 'petite nature' que j'ai développé : montrer la faune proche à laquelle on ne fait pas toujours attention. Et, par extension, sa fragilité.

Œuvres en interaction

Population très représentée dans cette délicate communauté, les oiseaux ont pour autre attrait de donner de l'envergure sur les murs. J'essaie toujours de les faire interagir, qu'ils soient en poésie avec l'environnement. Quand on fait de l'art dans l'espace public, c'est important que les habitants et les gens confrontés à l'image puissent s'en emparer, avoir les clés pour la comprendre. Et qu'ils deviennent ainsi des ambassadeurs de l'œuvre.

La plupart du temps, cette logique fonctionne. À une exception mentonnaise près… Je n'ai jamais eu de problème en intervenant à Paris. Alors qu'à Menton, sur un des deux collages que j'ai faits l'été dernier – avec l'aide de ma mère – une personne âgée sur un balcon nous a invectivés et menacés d'appeler la police, relate Steeven. Conscient que ce sont aussi ces réactions épidermiques qui créent l'adrénaline. Adrénaline qu'il retrouve également dans les commandes officielles, bien que d'une autre manière. Ces projets sont très sportifs en termes de délai et d'ampleur. On monte à 10, 15 m avec des nacelles élévatrices…

Et la course n'est pas près de s'arrêter. Après Grimaud, il restera quelques jours seulement à l'artiste pour finaliser sa prochaine exposition – prévue dès le 11 juin à Paris, au Cabinet d'amateur.