Serge Labégorre, peintre expressionniste, sera inhumé à Fronsac
Serge Labégorre, peintre à la renommée internationale et figure majeure de l'expressionnisme français, décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 94 ans, sera inhumé ce lundi 20 avril sur les bords de l'Isle, à Fronsac. Cet artiste, décrit par l'ancien grand reporter de Sud Ouest Benoît Lasserre comme « un immense artiste, un hidalgo, un seigneur », laisse le souvenir d'un homme profondément enraciné dans le terroir du Libournais et du Sud-Ouest.
Un artiste aux racines profondes dans le Sud-Ouest
Les racines de Serge Labégorre plongent profondément dans le terroir du Sud-Ouest. Né dans une famille installée à Libourne dans les années 1930, où ses parents tenaient une quincaillerie rue Thiers, il a également des attaches au Pays basque, en Béarn, et à Langon, mémoire de la « maison bibliothèque » de sa grand-tante. C'est à Fronsac, commune où il avait définitivement jeté l'ancre dans les années 1970, que son atelier était installé au cœur du vignoble, et c'est là qu'il reposera désormais.
Les années de formation et l'influence du territoire
Le peintre a suivi ses études au lycée Montesquieu de Libourne avec son frère, sous la houlette de son mentor Henri Charnay, qui a joué un rôle crucial dans sa motivation et sa formation. « On est aussi défini par ses tanières », aimait-il à dire, citant le philosophe Alain. Sa première exposition eut lieu au musée Robin de Libourne, et une rétrospective, « Les Tressaillements du vivre », lui fut consacrée en 2015 au Carmel à Libourne.
Ses filles évoquent une enfance libournaise, un retour en Gironde après des années d'enseignement au lycée Louis-Barthou de Pau, et des cours au lycée de Libourne qui ont marqué ses anciens élèves. Ses affinités avec des personnalités locales, comme Robert Boulin, Jean Ponty (propriétaire viticole en Fronsadais), ou Jean-Pierre Moueix, propriétaire du château Petrus qui lui acheta ses premières toiles, ont façonné son parcours.
La reconnaissance internationale et l'ancrage local
Une rencontre fondatrice sur les hauteurs de Saint-Émilion avec le Britannique David Goodman lui a ouvert les portes de galeries à Chichester et Londres, lui offrant notoriété et moyens financiers. Avec l'argent de ses ventes outre-Manche, il acheta une maison à Fronsac, « alors sans eau ni électricité », à la fin des années 1960, pour s'y installer définitivement en 1976 avec son épouse Suzy et ses enfants. « Notre mère a toujours été à son côté sans le contraindre. Elle a été son premier mécène », confie sa fille Véronique.
Un peintre des corps, des regards et des paysages
Bien que peintre des corps et du regard, Serge Labégorre n'a pas négligé d'immortaliser les lieux qui l'ont formé. « Il peignait Fronsac, les quais de Libourne, l'église, le port… C'était sa montagne Sainte-Victoire », détaille sa fille Sophie. Il justifiait son peu d'appétence pour l'abstraction en affirmant : « Le monde est assez riche et assez beau. On ne peut épuiser l'infini des paysages et des visages ».
Au-delà de son art, il fut décrit comme « un mari, un père, un homme de devoir », loin de l'image de l'artiste isolé. Son héritage artistique et humain reste vivace en Libournais, où ses œuvres continuent de résonner comme un hommage au territoire qui l'a vu naître et grandir.



