Laurent Robert expose « Memoria » à Bordeaux : l'urbex comme quête de mémoire photographique
« Memoria » : l'urbex photographique de Laurent Robert à Bordeaux

La quête photographique de Laurent Robert dans les lieux abandonnés

L'espace Moon de l'Atelier des citernes à Bordeaux accueille jusqu'au 29 mai l'exposition « Memoria », consacrée au travail du photographe autodidacte bordelais Laurent Robert. Ses images sensibles et poétiques explorent avec une profondeur remarquable la mémoire des lieux délaissés, ces espaces où le temps semble s'être arrêté.

L'urbex comme pratique artistique et éthique

Depuis 2017, Laurent Robert pratique assidûment l'urbex, ce terme-valise issu de l'anglais urban exploration qui désigne l'exploration photographique de lieux oubliés. Le photographe peut rester des heures assis dans une usine désaffectée en Espagne, à « écouter le silence, qui peut devenir assourdissant », consacrant un temps infini à attendre la bonne lumière pour traquer l'indicible.

Sur ses clichés exposés à l'espace Moon, des chaussons attendent patiemment au pied d'un lit, des brosses à cheveux conservent encore quelques fils d'argent témoignant du passage du temps, et des boîtes de conserve affichent des dates de péremption d'un autre siècle. Chaque détail devient un fragment d'histoire préservé.

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La pratique de l'urbex, théoriquement illégale, est régie par un code d'honneur que Laurent Robert respecte scrupuleusement : ne pas forcer les entrées, ne pas partager la localisation exacte des lieux, ne rien voler sur place, ni abîmer ou détruire ce qui s'y trouve. « Il m'est arrivé de retrouver des tickets de rationnement et des laissez-passer de la Seconde Guerre mondiale, des photos, des noms… On a l'impression d'entrer par effraction, de bousculer une intimité qui ne nous appartient pas. Pour moi, c'est une façon de redonner vie à ces mémoires », confie-t-il.

Un parcours photographique singulier

Rien ne prédestinait pourtant Laurent Robert à l'urbex, ni même à la photographie. En 2014, il gagne un appareil photo lors d'un concours, un cadeau dont il ne sait pas trop quoi faire initialement. « J'avais le boîtier, l'objectif, mais je ne savais absolument pas m'en servir », s'amuse-t-il aujourd'hui.

Il commence alors par des clichés de concert avec un iPhone, le tout premier à l'Iboat de Bordeaux, avant de se former aux principes techniques de la photographie. Il poursuit aujourd'hui encore par des photos de sport, capturant l'énergie du hockey à la patinoire de Mériadeck, la puissance des Dogues devenus Boxers, ou l'intensité des clubs de roller derby bordelais.

L'urbex comme échappatoire intime

Un drame personnel, le décès de son épouse Christelle en novembre 2016, va accélérer sa pratique de l'urbex. « Je me suis lancé à fond dans la photo. Ça m'a aidé, de bouger, de découvrir, d'expérimenter », confie-t-il. Cette passion est devenue son échappatoire, une manière de s'évader tout en honorant la mémoire.

Pauline de Melo, programmatrice artistique de Moon et commissaire de l'exposition « Memoria », confirme : « Cette passion est devenue son échappatoire, une manière de s'évader. Je suis très sensible au travail sur la mémoire et l'intime, et l'espace domestique. Pour avoir parfois accompagné Laurent Robert dans ses explorations, je ressens et comprends cette mélancolique tristesse, cette sorte de memento mori qu'expriment ses photos. »

Une exposition qui révèle l'âme des lieux

L'exposition « Memoria » présente un mélange de moyens et grands formats particulièrement adaptés à la restitution de l'atmosphère propre à l'urbex. Sur une table, des photos taille carte postale, écartées de la première pré-sélection « mais qu'on ne pouvait pas ne pas montrer », selon Pauline de Melo.

Les photographies de Laurent Robert offrent une lumière sensible aux détails de vies suspendues, derrière les volets clos de maisons abandonnées. Elles rappellent que ces mémoires ne sont jamais vraiment oubliées tant qu'il y aura quelqu'un pour les regarder avec respect et émotion.

L'exposition « Memoria » est ouverte du mardi au samedi de 10 heures à 17h45 jusqu'au 29 mai, au premier étage de l'Atelier des citernes, au 45 rue de la Compagnie-du-Midi à Bordeaux. L'entrée est libre, offrant à tous la possibilité de découvrir ce travail photographique exceptionnel sur la mémoire des lieux délaissés.

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