Marie-Antoinette, icône de style et ancêtre des influenceuses modernes ?
La comparaison entre Marie-Antoinette et Kim Kardashian peut sembler surprenante, mais elle souligne une réalité fascinante : comme la star de la télé-réalité, la reine a profondément influencé et façonné le style de son époque. La nouvelle exposition du Victoria and Albert Museum, intitulée « Marie-Antoinette Style », pose une question intrigante : le style Louis XVI ne serait-il pas en réalité le style Marie-Antoinette ? Pour y réfléchir, le musée londonien propose une plongée captivante dans l'art de vivre de la reine, à travers environ 250 vêtements et objets. Ces pièces révèlent comment elle lançait les modes, mettait en lumière les métiers d'art français et s'entourait de conseillers en style, comme Rose Bertin, jusqu'à devenir la cible de pamphlets érotiques, voire pornographiques, qui ont contribué à sa réputation controversée.
Les prémices des influenceuses : un regard constant
Dès 1770, sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, l'avait avertie : « Tous les regards seront sur toi ». Cette prédiction s'est avérée exacte, et plus de deux siècles après sa mort, Marie-Antoinette demeure une icône de style, inspirant les créateurs de mode et captivant le public britannique. Sarah Grant, commissaire de l'exposition, explique : « Depuis le XVIIIe siècle, les Anglais nourrissent une fascination pour Marie-Antoinette, de son départ à 14 ans pour la cour à sa fin tragique, qui en a fait une icône. En Angleterre, elle n'a pas la réputation de “méchante reine” qu'elle peut avoir en France, où elle reste liée à l'histoire politique. À la fin du XVIIIe siècle, des ventes aux enchères d'objets et de vêtements provenant de Versailles et du Petit Trianon ont permis à de nombreux Anglais de constituer des collections, considérées comme l'apogée du bon goût. »
Une exposition riche en pièces historiques
L'exposition présente des pièces issues de la riche collection du XVIIIe siècle du Victoria and Albert Museum et de collections privées anglaises, bien qu'une majorité aient été empruntées à la France, notamment au château de Versailles et au musée Carnavalet. Organisée chronologiquement, elle débute avec l'arrivée de la jeune fille à la cour à 14 ans, montrant son engouement pour les robes de cour à l'anglaise, à la polonaise ou à la française, avec un attachement marqué pour la soie. Marie-Antoinette a contribué à revitaliser l'industrie de la soie, tout en collaborant avec la Manufacture Oberkampf pour des motifs de toile de Jouy et la Manufacture de Sèvres pour des services de table. Son goût ne se limitait pas à la mode ; il s'étendait à tous les aspects de l'art de vivre.
L'influence durable de Marie-Antoinette
Elle a popularisé la harpe à la cour et son blond cendré, surnommé « cheveux de la reine », grâce à son coiffeur Monsieur Léonard. Sensible aux parfums, elle a inspiré des fragrances recréées pour l'exposition, évoquant les odeurs bucoliques du Petit Trianon ou le genévrier brûlé dans sa cellule. Le musée a réuni plusieurs objets lui ayant appartenu, souvent siglés de son monogramme, incluant du mobilier, une boîte à bijoux, un piano et des chaussures conçues pour une démarche aérienne. L'exposition explore aussi son influence sur les siècles suivants, de l'impératrice Eugénie au XIXe siècle à des figures contemporaines comme Kirsten Dunst dans le film de Sofia Coppola (2006), avec des costumes de Milena Canonero. Des créateurs tels que Jeremy Scott pour Moschino, Karl Lagerfeld pour Chanel et Alessandro Michele pour Valentino dans la collection haute couture printemps 2025 s'en inspirent également. Parmi les nombreuses robes à paniers exposées, la plus émouvante reste la robe blanche en lin portée lors de son exécution le 16 octobre 1793, à l'âge de 37 ans.
L'exposition se tient jusqu'au 22 mars 2026 au Victoria and Albert Museum, offrant une réflexion approfondie sur l'héritage stylistique de Marie-Antoinette et ses parallèles avec les influenceuses modernes.



