Kami, photographe aveugle de Bordeaux, immortalise les artistes grâce à sa mémoire et son talent
Kami, photographe aveugle, capture l'âme des artistes à Bordeaux

Kami, photographe aveugle de Bordeaux, immortalise les artistes grâce à sa mémoire et son talent

Atteint d'une cécité fulgurante il y a presque dix ans, le photographe bordelais Kami n'a jamais abandonné son appareil photo. Malgré son handicap visuel, il continue de fréquenter assidûment les festivals, les salles de concert et les studios pour capturer l'essence des musiciens qu'il admire. Sa mémoire, son sens du toucher et son talent indéniable ont pris le relais de ses yeux pour nourrir une passion profondément ancrée dans l'univers du noir et blanc.

Une vie rythmée par la photographie et la musique

Le photographe Kami, résidant dans le quartier Nansouty à Bordeaux, ne sort jamais de chez lui sans sa canne blanche et son fidèle appareil photo. Quadragénaire et autodidacte, il a été biberonné aux riffs de guitare et conserve une affection particulière pour la scène musicale. Sa bibliothèque de portraits en noir et blanc est impressionnante : on y trouve Lionel et Marie de The Limiñanas, l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré, le couple aveugle Amadou et Mariam, Arthur Satan, Bertrand Belin, Mylen and the Class X, Feu ! Chatterton, Benjamin Biolay ou encore Oxmo Puccino.

Kami explique avec philosophie : « J'ai commencé à perdre la vue en 2017, mais je ne savais pas que cela allait être définitif. J'ai continué à faire des photos en me disant que le corps médical allait trouver une solution. » Le diagnostic final a été brutal : une neuropathie optique héréditaire de Leber, une maladie rare. Pourtant, loin de se résigner, il a choisi de persévérer : « Quand j'ai su ce que j'avais, vu que j'avais continué, je me suis dit que je n'avais aucune raison d'arrêter. »

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Une adaptation remarquable et une pratique collective

Depuis une décennie, Kami avance à tâtons, guidé par une force intérieure indomptable et le soutien de son entourage. Il confie : « Pourquoi continuer alors que je ne vois même pas ce que je fais ? Les gens autour de moi me poussent, mes proches me disent que c'est très bien, que mes photos sont même mieux qu'avant. Bon, ça, j'en doute. Mais la photo fait tellement partie de moi que je n'ai pas envie d'arrêter. » Cette pratique est devenue cathartique, lui permettant de maintenir un lien précieux avec sa vie d'avant.

Malgré sa cécité, d'infimes fenêtres visuelles subsistent : « À droite je ne vois plus rien, à gauche je garde un léger champ visuel sur le bord extérieur mais je n'ai plus de précision ni de couleur. » Il maîtrise son appareil sur le bout des doigts, réglant avec précision l'ouverture, la vitesse et les ISO. « Je privilégie les photos posées, les portraits. Je prends mes repères en discutant avec mon sujet. »

Sa pratique est résolument collective. Lorsque son Konica Hexar est tombé en panne peu après son diagnostic, ses amis du quartier Saint-Michel et du milieu musical se sont cotisés pour lui offrir le même modèle. Aujourd'hui, il fait numériser ses pellicules et ses proches l'aident à sélectionner les meilleurs clichés. « C'est une pratique collective. »

Des tirages en noir et blanc et des expositions régulières

Kami réalise principalement des tirages en noir et blanc, souvent au format carré de 40 cm x 40 cm. Parmi ses œuvres marquantes, on retrouve des portraits de Philippe Katerine, Didier Super, Arthur H, le duo Vitalic-Rebeka Warrior ou encore Warren Ellis. Le cliché de Philippe Katerine, pris en juillet 2025 lors du festival Musicalarue dans les Landes, est particulièrement saisissant : l'artiste pose avec une banane sur la tête, un peignoir de bain et des tombes en arrière-plan. « Il a joué le jeu. Je crois qu'il a été touché par l'honnêteté de ma démarche. »

Le photographe partage régulièrement son travail sur sa page Instagram avec le mot-clé aboutlightandmen. Il est également ouvert à de nouvelles expositions et peut être contacté via son adresse électronique dédiée. Son parcours, marqué par la résilience et la passion, continue d'inspirer autant que ses portraits captent l'âme des artistes.

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