La renaissance inattendue de Gorodka, le village d'art insolite de Dordogne
Dans les archives du 15 avril 2023, un événement marquant a illuminé le paysage culturel de la Dordogne : Gorodka, le village d'art insolite créé par Pierre Shasmoukine, ouvrait ses portes gratuitement au public. Le lendemain, le 16 avril, l'artiste aurait fêté ses 80 ans, une célébration posthume pour cet homme hors norme, décédé le 2 septembre 2022. Retour sur l'histoire de ce lieu unique et sur sa surprenante résurrection.
L'héritage de Pierre Shasmoukine : un artiste visionnaire
Pierre Shasmoukine, un artiste aux méthodes non conventionnelles, s'était installé en 1970 dans un bois de La Canéda, à Sarlat, un terrain appartenant à sa grand-mère. Sans autorisation officielle, il y avait érigé des chalets et des galeries d'art, les entourant de ses œuvres fabriquées à partir de matériaux de récupération. Il baptisa cet ensemble Gorodka, un village artistique devenu au fil des décennies un symbole de créativité et de résistance.
Malheureusement, les dernières années de sa vie ont été marquées par un déclin de santé, l'empêchant de maintenir le site. La végétation a progressivement repris ses droits, menaçant de faire disparaître ce patrimoine unique. Sa mort en septembre 2022 semblait sonner le glas de Gorodka, mais le destin en a décidé autrement.
Assim, le sauveur inattendu de Gorodka
Sept mois et demi après la disparition de Pierre Shasmoukine, une renaissance spectaculaire s'opère à Gorodka, portée par un jeune homme prénommé Assim. Arrivé sur place il y a près d'un an, Assim a développé une relation filiale avec l'artiste, comme le confirme Catherine Mordin, la sœur de Pierre Shasmoukine : « Il y avait une relation de père et fils entre Pierre et lui ».
Motivé par la sauvegarde du site et par un attachement personnel, Assim s'est lancé dans un travail de restauration colossal. Il a débroussaillé les espaces envahis, rouvert des chemins obstrués, dégagé chaque œuvre, refait des peintures et revu certaines installations électriques. Son engagement a permis aux anciens visiteurs de redécouvrir Gorodka sous un jour nouveau, presque méconnaissable.
Catherine Mordin souligne : « Assim s'est pris d'intérêt pour le lieu, surtout pour son futur. Moi qui rêvais d'une Fiat 500, j'ai finalement investi dans un tracteur ! ». Cette anecdote illustre le dévouement de la famille et des proches pour préserver l'héritage de l'artiste.
Le retour de la vie animale et les projets d'avenir
Les animaux, chers à Pierre Shasmoukine, ont également fait leur retour à Gorodka. Des oies et des chèvres participent activement à l'entretien et au débroussaillage, parfois avec un zèle excessif, comme le note Catherine Mordin en souriant. Elle se remémore : « Quand on était à Versailles, mon frère avait un grand bouc qu'il emmenait quand il venait déjeuner chez ma mère. Il fallait voir sa tête, quand elle voyait l'animal sur son palier ».
Pierre Shasmoukine reste présent spirituellement sur les lieux. Son urne funéraire a été déposée dans l'une de ses œuvres, la galerie Za, conformément à ses souhaits. Ses cendres ont également été dispersées sur les sculptures extérieures, créant un lien éternel entre l'artiste et son création.
Vers une légalisation et une ouverture officielle
Le dimanche 16 avril 2023, jour où Pierre Shasmoukine aurait eu 80 ans, Catherine Mordin a souhaité organiser une visite illuminée gratuite du site le samedi 15 avril au soir. Cette initiative vise à compenser les célébrations annulées, comme les 50 ans de Gorodka ou la participation aux Hivernales, en raison de la crise sanitaire.
Le site rouvrira officiellement en juin, marquant une nouvelle étape dans son histoire. Par ailleurs, après des années de bataille administrative, Gorodka devrait enfin obtenir un permis de construire délivré par la mairie de Sarlat, légalisant ainsi son existence.
Des projets ambitieux pour l'avenir de Gorodka
Malgré les contraintes financières, Catherine Mordin nourrit de nombreux projets pour Gorodka. Elle envisage d'installer « plein de petits endroits pour les enfants », de déménager une galerie pour créer une salle de réunion, et d'organiser des concerts, des stages et des animations. « Le principal est que cet endroit continue à vivre », affirme-t-elle avec conviction, ajoutant : « Et je ne doute pas qu'il sera un jour connu, parce que ça ne se fera plus ».
Gorodka, autrefois menacé de disparition, renaît ainsi grâce à la passion d'Assim et au soutien de la famille Shasmoukine. Ce village d'art insolite, témoignage unique de créativité et de résilience, promet de continuer à inspirer les générations futures.



