Un incubateur artistique d'exception au cœur de Montpellier
Dans le centre historique de Montpellier, face à l'église Sainte-Eulalie, un discret hôtel particulier de la rue de la Merci renaît de ses cendres. Érigé en 1886, ce bâtiment de près de 1 000 m², propriété du montpelliérain Philippe-André Dayan, vient d'être entièrement réhabilité pour accueillir le siège de F.R.A.I.S.E., un fonds de dotation créé en 2021. Cette structure unique en son genre se positionne comme un incubateur artistique privé, offrant gratuitement des espaces et des outils de production hors normes aux créateurs.
Un écosystème créatif sur quatre niveaux
La rénovation a transformé l'édifice en un véritable pôle de création. Sur quatre niveaux, on trouve désormais :
- Des studios de montage vidéo équipés de technologies de pointe
- Des studios de danse spécialement aménagés
- Des espaces d'écriture et de réflexion
- Un étage entier dédié à la production et l'illustration graphique
- Des appartements privés pour accueillir les artistes en résidence
« F.R.A.I.S.E., c'est l'acronyme de Fonds pour le Rayonnement Artistique, l'Intégration Sociale et l'Emploi », explique son fondateur. La structure se définit comme un acteur social et culturel travaillant dans le temps long, avec l'ambition de créer un écosystème durable associant pouvoirs publics, universités prestigieuses comme Yale ou l'université de Montpellier Paul-Valery, festivals et artistes professionnels.
Un bilan déjà impressionnant
En seulement cinq ans d'existence, F.R.A.I.S.E. a soutenu plus d'une quarantaine de projets grâce à son comité de sélection où siègent des personnalités comme Edgar Morin, Guy Delisle et Richard Di Rosa. Parmi les réalisations notables :
- La production de plusieurs longs-métrages et une vingtaine de formats courts
- Un soutien actif à « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand (César du premier film en 2024)
- L'hébergement des coloristes des albums de Joann Sfar et de la statuette du Chat du Rabin
- La collaboration avec le dessinateur Lewis Trondheim
- L'accueil en résidence de l'illustrateur et streamer Nui Vagab
- La production du nouvel album de Louis Martinez, président-fondateur du festival Jazz à Sète
Pour 2026, F.R.A.I.S.E. prépare déjà la sortie du film « Les Incandescentes » de Lou Brice Léonard tourné à Montpellier, et vient d'initier des collaborations avec le street-artiste Alber pour une œuvre éphémère dans le jardin, ainsi qu'avec le graveur Théo Haggaï.
Le toit transformé en œuvre d'art par Rudy Ricciotti
L'innovation la plus spectaculaire concerne le toit de l'hôtel particulier. Rudy Ricciotti, l'architecte renommé du MuCEM de Marseille, s'est personnellement impliqué dans un projet artistique ambitieux : concevoir une résille de béton qui pourrait être posée sur le toit du bâtiment, pourtant situé en zone protégée.
Le 5 février dernier, Ricciotti s'est déplacé en personne pour présenter son projet aux services de l'urbanisme de la Métropole et à l'architecte des Bâtiments de France. « Mon cabinet travaille beaucoup sur des marchés publics et très peu pour des privés », confie-t-il. « Mais j'ai trouvé ce projet touchant ; c'est la personnalité du client qui me guide. Si ce n'était pas lui, je ne l'aurais pas fait. »
L'architecte décrit cette intervention comme « une œuvre d'opérette mineure, mais néanmoins intense », soulignant le caractère atypique de cette commande privée dans un contexte patrimonial contraignant. La démarche témoigne de l'engagement exceptionnel de Ricciotti, qui avoue travailler sur ce dossier « presque à fonds perdus », motivé par l'empathie pour un porteur de projet qui « prend des risques ».
Une vision territoriale et internationale
F.R.A.I.S.E. ne limite pas son action à Montpellier. La structure s'implique également dans un projet de centre d'art contemporain d'intérêt national près de Cassis, bénéficiant du patronage du programme environnement des Nations Unies, un dossier porté en collaboration avec Rudy Ricciotti.
Philippe-André Dayan, président de la structure, résume l'ambition : « Nous voulons créer un écosystème durable et culturel, privé, avec le concours des pouvoirs publics, en offrant aux forces vives un espace d'excellence et de travail protégé, dans la continuité de ce qui est fait à Montpellier dans ce domaine. »
Avec son bâtiment réhabilité, ses équipements de pointe, son réseau de partenaires prestigieux et maintenant l'intervention artistique de Rudy Ricciotti sur son toit, F.R.A.I.S.E. s'affirme comme un acteur incontournable du paysage culturel montpelliérain et au-delà, démontrant qu'une initiative privée peut impulser une dynamique créative d'envergure.



