Des œuvres de Saint-Valentin effacées sur demande de l'exploitant du marché
À Bordeaux, une polémique artistique a éclaté au cœur du marché des Capucins. Des dessins éphémères créés par l'artiste Mauro Ceballos pour la Saint-Valentin ont été effacés des vitres de la boulangerie Chez Cristina bien avant la date prévue. Ces œuvres, réalisées au feutre blanc et vouées à disparaître naturellement le 14 février, représentaient de manière légère et stylisée des organes génitaux entourés de cœurs ou jouant les cupidons.
Une demande formelle et une menace d'exclusion
L'effacement a été ordonné par la société Geraud, exploitante du site, via un courrier recommandé adressé le 10 février à la boulangère Cristina. Le document notifiait l'interdiction de contenus présentant « un risque de trouble à l'ordre public ou d'atteinte à la bonne moralité », menaçant la commerçante de sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion. Cristina, qui expose des artistes depuis sept ans, s'est dite « complètement sidérée » par cette décision.
« Lorsque j'ai reçu ce courrier, je ne comprenais pas… Je n'ai eu aucun retour négatif de la part de clients ou de collègues. Je ne suis pas là pour choquer qui que ce soit, simplement pour donner de la vie à notre lieu », confie-t-elle, émue. Elle exprime également sa peine pour le travail de Mauro Ceballos, un auteur de bandes dessinées bordelais qui exposait pour la deuxième fois dans sa boutique.
Une réaction de l'exploitant et le silence de la mairie
La société Geraud justifie sa décision en estimant que cette exposition constituait un « comportement très limite » par rapport au règlement intérieur. « Selon notre expertise et en raison de plaintes de clients, nous avons jugé que ces dessins n'étaient pas adaptés à un public familial », explique sa direction juridique. L'exploitant ajoute : « Nous savons qu'il s'agit d'art, mais ce n'est peut-être pas le bon endroit pour exposer ce type d'œuvres. Nous avons une délégation de service public, on se doit d'être neutres. »
De son côté, la mairie de Bordeaux, propriétaire des Capucins, a été sollicitée mais a refusé de faire « de commentaire particulier » sur ce sujet. Cette position intervient alors que la majorité sortante a fait de l'exploitation en régie publique du marché un thème de campagne.
Un soutien à la culture et une critique de la censure
Cristina défend fermement sa démarche artistique. « Chaque jour, j'y découvrais un nouveau dessin mignon. Il faut avoir un esprit tordu pour y voir du mal. On vit vraiment une période bizarre où on ne peut plus rien faire… », déplore-t-elle. La boulangère met en avant l'importance de soutenir les artistes, surtout dans un contexte économique difficile. « La culture, l'art, c'est important, non ? », interroge-t-elle.
Elle précise que chaque mois, elle présente quasi exclusivement les œuvres de personnes qui « vivent de leur art », avec parfois quelques exceptions comme une exposition de statues réalisées par des collégiens. Cet incident soulève des questions plus larges sur la liberté d'expression dans les espaces publics commerciaux et la perception de l'art contemporain.



