Le blason secret des correcteurs : un trésor héraldique révélé
Blason secret des correcteurs : un trésor héraldique révélé

Un trésor héraldique exhumé des archives du Monde

À l'image de Jacquouille la Fripouille dans le film Les Visiteurs, on pourrait s'interroger : « À quelle famille appartient cet écu ? » Il s'agit en réalité des armoiries des correcteurs, une création anonyme d'un professionnel du Monde, révélée par Jacques, ancien correcteur et archiviste passionné des coquilles du journal. Ce document précieux et probablement unique atteste de l'érudition, du talent de dessinateur et de la finesse d'esprit de son auteur, resté dans l'ombre.

La genèse d'un symbole corporatif

Jacques explique que c'est probablement au début des années 80, lorsque Le Monde a abandonné la composition au plomb pour la photocomposition, que l'on a commencé à conserver en souvenir les matrices de linotypes et les galées, ainsi que cet écu. Ce blason ne représente pas une famille, mais bien la corporation des correcteurs, accompagné d'une feuille manuscrite d'explications savantes nécessitant une maîtrise de la science héraldique pour être comprise.

Décryptage d'un langage héraldique complexe

L'écriture est lisible, mais grâce au Portail national des archives, voici quelques éclaircissements pour les non-initiés :

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  • Le pal est la large bande verticale traversant l'écu, aiguisé en pointe et de gueules (rouge), un terme masculin issu des gosiers de martres teints en rouge.
  • Le chef occupe le tiers supérieur de l'écu, avec un pal « virgulé de chef en pointe » animé de virgules du haut en bas.
  • Dextre et senestre : attention, en héraldique, « senestre » indique le côté droit et « dextre » le côté gauche, du point de vue du spectateur.
  • Azur désigne le bleu, argent le blanc, et sinople (masculin) le vert, bien que son origine remonte à une terre rouge de Sinope en Turquie, un mystère même pour l'historien Michel Pastoureau.
  • L'adjectif tiercé s'applique à un écu divisé en trois parties, tandis que sable désigne le noir, terme issu de la fourrure de zibeline souvent teinte en noir.

Le deleatur : symbole d'un art manuel

Sur ce sable noir, le correcteur anonyme a dessiné un deleatur (du latin delere, « détruire »), signe de correction indiquant la suppression d'éléments dans un texte. Ce symbole, d'une souplesse et d'une élégance folle, incarne tout l'art de la correction manuelle, sans épée mais digne d'un blason. Cette découverte souligne la richesse culturelle et technique d'une profession souvent méconnue, préservant son héritage à travers un langage visuel et savant.

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