Ami Flammer : entre hommage musical et engagement pour la paix israélo-palestinienne
Ami Flammer : musique et engagement pour la paix

Ami Flammer : un violoniste entre héritage musical et combat pour la paix

Depuis de nombreuses années, Ami Flammer nourrissait le projet d'enregistrer le Concert d'Ernest Chausson. Cette œuvre lui évoque avec émotion ses professeurs, Roland Charmy et Christian Ferras. « Ce dernier, confie-t-il, en a sans doute réalisé, avec Pierre Barbizet, le plus bel enregistrement à ce jour ». Souhaitant également rendre hommage à Jacques Thibaut – le « Morel » de Proust – qui interprétait toujours en bis la Romance en si bémol de Fauré, une pièce aujourd'hui quelque peu méconnue, le musicien a choisi de graver ce « classique » oublié du répertoire français.

Un enregistrement porté par une équipe d'exception

Il espère pouvoir publier ce disque prochainement. Pour cette réalisation, il a été entouré de talents remarquables : Itamar Golan au piano, Paul Serri et Marion Desbruères aux violons, Michel Michalakakos à l'alto et Diana Ligeti au violoncelle. L'ensemble a été placé sous la direction artistique et technique de Luca Joseph, ingénieur du son. Parallèlement à ce travail sur le patrimoine classique, l'artiste caresse le rêve de reprendre le spectacle de chansons yiddish qu'il avait créé avec les regrettés Gérard Barreaux et Moshe Leiser.

La musique comme pont face aux conflits

Début 2024, invité par Charles Berling à rejouer ces standards du klezmer avec l'accordéoniste Laurent Derache au théâtre Liberté de Toulon, Ami Flammer a constaté la résonance particulière de ces œuvres dans le contexte géopolitique actuel. Cette expérience fait écho à son engagement associatif profond. Le violoniste est en effet très investi au sein de l'association judéo-arabe « Standing Together », qui milite activement pour la reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens.

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« Je l'ai fait par nécessité », explique-t-il concernant son adhésion à ce mouvement. « Quand on travaille son instrument plusieurs heures par jour, on finit par se sentir un peu hors du monde. Mais l'actualité vous rattrape. Depuis les événements du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne à Gaza, je suis en ébullition permanente. Je ne peux me résoudre à laisser le fracas des armes envahir nos vies. »

Un engagement citoyen né en Israël

Face à la question de l'utilité d'un musicien dans un tel conflit, il répond : « Comme tout citoyen, il peut faire entendre sa voix. [...] Aujourd'hui, parler de musique me redonne de l'optimisme, mais cela ne suffit plus. J'éprouve le besoin de participer à ce mouvement citoyen, né en Israël, qui cherche le chemin de la paix en affirmant que la vengeance ne peut pas être une politique d'État. » Pour lui, la musique est avant tout un moyen d'expression et de rapprochement. Il l'a démontré en jouant avec le musicien palestinien Wisam Gibran à l'Institut du monde arabe de Paris en février 2024, souhaitant montrer qu'une harmonie était possible.

Des projets concrets sur le terrain

Ami Flammer ne se contente pas de symboles. Il prépare activement une série de concerts qu'il souhaite donner à Hébron avec de jeunes interprètes palestiniens. « Je rêve de pouvoir retourner à Gaza pour y jouer avec mes amis, comme je l'ai fait par le passé », affirme-t-il, conscient des difficultés mais déterminé. Il porte un regard critique et douloureux sur la situation actuelle en Israël, exprimant sa honte face aux actions du gouvernement de Benyamin Netanyahou, dont il dénonce la soif de pouvoir.

Transmettre un héritage musical et humaniste

L'engagement d'Ami Flammer puise aussi dans son histoire personnelle et familiale, marquée par la mémoire de la guerre. Enseignant aujourd'hui, il se bat contre une certaine standardisation de l'interprétation musicale, qu'il qualifie de « concours de main gauche ». « Aujourd'hui, on joue comme à l'usine… c'est propre, c'est rapide. Mais il n'y a plus de musique », regrette-t-il. Il tente de transmettre à ses élèves la liberté et l'audace des grands maîtres qu'il a côtoyés, comme Isaac Stern, Nathan Milstein ou Yehudi Menuhin, dont il évoque les rencontres avec une grande vivacité.

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À travers son art et son action, Ami Flammer incarne la conviction que la culture et le dialogue peuvent, malgré tout, tracer des chemins vers la paix. Son parcours, entre fidélité à un héritage musical exigeant et engagement citoyen courageux, dessine le portrait d'un artiste résolument ancré dans son temps.