Alexandra Sarragot transforme la douleur en art avec une exposition de femmes victimes de violences
Alexandra Sarragot : une exposition artistique pour les victimes de violences

Alexandra Sarragot : de la souffrance à la lumière par la photographie

Alexandra Sarragot, photographe sensible et résiliente, travaille actuellement à une exposition artistique unique, réalisée en collaboration avec des femmes ayant subi des violences. Elle-même témoigne d'une agression sexuelle durant l'enfance, un viol subi à l'âge de 7 ans, un événement qui a marqué sa vie de manière indélébile.

Un parcours de reconstruction à travers l'art

« Il n'y a pas un jour où je n'y pense pas. Mais aujourd'hui, j'arrive à vivre avec », confie cette quinquagénaire lumineuse. Pour elle, la photographie a été un outil de guérison essentiel. « Photographier signifie, étymologiquement, écrire avec la lumière », rappelle-t-elle. Son premier appareil photo, reçu durant ses années de collège, lui a permis de figer des souvenirs, notamment lors de son départ d'Abidjan pour le Béarn à l'âge de 15 ans.

Devenue institutrice à Pau, Alexandra Sarragot a dû faire face à ses démons, nécessitant deux décennies de thérapies. « Je n'étais plus en état de m'occuper des enfants », raconte-t-elle. C'est en 2014 qu'elle lance son activité de photographe, ouvrant son studio « Au cœur d'un regard » à Cescau en 2019, ironiquement installé dans l'ancienne école du village.

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Un projet de résistance et de solidarité

À l'occasion de ses 50 ans, Alexandra Sarragot a initié un projet artistique ambitieux : réunir des femmes victimes de violences pour créer une exposition de photos d'art. « Ce projet, c'est un acte de résistance. C'est mon cadeau, pour mes 50 ans », explique-t-elle. Elle a lancé un appel sur les réseaux sociaux, mais constate la difficulté à briser le silence : « C'est très difficile de trouver des femmes qui veulent en parler. Ce silence est éloquent. Il parle de la honte qui est toujours de notre côté ».

Six femmes ont répondu à l'appel jusqu'à présent. Chaque séance photo vise à les aider à se réapproprier leur image et à participer à leur chemin de développement. « L'une des femmes m'avait mis comme condition de poser de dos. Trois mois plus tard, le jour du shooting, elle voulait afficher son visage », témoigne Alexandra Sarragot.

Transformer la douleur en douceur

Sous les spots, ces femmes, souvent plongées dans l'obscurité par leurs agresseurs, retrouvent la lumière. « Je m'efforce à faire du beau avec cette m... », confie la photographe, évoquant des histoires d'inceste, de viol conjugal ou d'attouchements. « Vous n'imaginez pas les horreurs que j'ai entendues », se désole-t-elle.

Pourtant, face à l'objectif, ses modèles posent debout, symboles de courage et de résilience. Alexandra Sarragot les photographie dans une lumière chaude, avec pour objectif de « transformer la douleur en douceur ». Chaque image est accompagnée d'un texte écrit par la modèle elle-même.

Une exposition pour sensibiliser et briser le silence

En collaboration avec l'association Du côté des femmes à Pau, l'exposition est programmée pour le 25 novembre, à l'occasion de la Journée contre les violences faites aux femmes, place Clemenceau. Alexandra Sarragot espère que ce travail permettra d'animer des ateliers de sensibilisation dans les lycées, comme elle l'a fait précédemment avec son exposition « change ton regard » sur le harcèlement.

Elle plaide également pour une plus grande implication des hommes sur ce sujet : « J'aimerais qu'on entende davantage la parole des hommes sur ce sujet. Il y a des hommes doux », souligne-t-elle, évoquant son partenaire de vie depuis vingt-cinq ans.

Derrière son appareil photo, Alexandra Sarragot se définit non pas comme une victime, mais comme une résistante. Son credo pourrait être : « Nikon, ni soumise ». Un message fort pour toutes celles qui cherchent à retrouver leur lumière.

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