La saison 4 de Drag Race France a couronné Lana Cotta jeudi 27 août 2026, mais selon un billet de Geoffrey Bonnefoy publié le 28 août, cette victoire devrait marquer la fin de l'émission. Après Paloma, Keiona, Le Filip et Mami Watta, Lana Cotta devient la cinquième reine du télécrochet français, déclinaison de l'émission américaine RuPaul's Drag Race. Pourtant, l'auteur estime que la liste des gagnantes doit s'arrêter là, non par manque d'amour pour le drag, mais parce que le format s'essouffle.
Un plaidoyer pour la continuité du drag à la télévision
Derrière le titre volontairement provocateur de ce billet se cache un espoir : il faut continuer à voir des drag queens à la télévision. Drag Race France a été pionnière en la matière, et le service public s'est honoré à diffuser le programme à des heures convenables, démontrant son progressisme malgré les attaques réactionnaires. L'auteur souligne l'importance d'émissions sur France Télévisions qui abordent des sujets essentiels comme l'homosexualité, la santé mentale des personnes LGBTQIA+, la transidentité, la fluidité de genre, le racisme, la notion de famille choisie ou encore le chemsex.
Il rappelle aussi la nécessité de voir des paillettes, des talons de 23 centimètres et des tenues flamboyantes portés par des hommes et des femmes, cis- ou trans-. Cette visibilité est d'autant plus cruciale à l'approche d'une présidentielle marquée par la menace du RN, qui instrumentalise la cause des personnes LGBT pour s'attaquer à d'autres minorités. Mais l'utilité de l'émission en termes de visibilité ne doit pas empêcher une réflexion sur le format.
Un essoufflement manifeste après cinq saisons
Après cinq saisons (quatre saisons plus un All Stars), le programme s'essouffle. Les Queens sont moins attachantes, et les meilleures, selon l'auteur, ont été éliminées dès le début, comme Fluffy Bidule et Margarette, même si La Harpie ou Lana Cotta ont fini par émerger après des passages dans le bas du classement. Les défis manquent de renouvellement et passent trop souvent au second plan : le Snatch Game était poussif, sans fou rire ni éclat particulier, à l'exception de l'interprétation de Jacques Chirac par Daisy Superbitch sur la fin.
L'auteur compare cette saison à celle de la saison 2, où l'épreuve avait vu une Brigitte Fontaine déjantée incarnée par Moon, une Françoise Sagan perchée par Sara Forever et une Afida Turner délurée par Keiona. Le Musidrag, l'épreuve de comédie musicale sur le thème d'un braquage au Louvre, a été bien interprété mais sans relief. La baguette d'or, nouvelle règle permettant à une Queen éliminée de donner un totem d'immunité à une autre, n'a pas suffi à redynamiser le programme.
Des sujets consensuels et un merchandising omniprésent
Les sujets évoqués – homophobie, harcèlement – sont consensuels, sans dimension politique particulière, et se déroulent selon un scénario attendu : confession, pleurs, soutien surjoué. Certains thèmes passent encore à la trappe, notamment le coût de fabrication des tenues et perruques, et le travail d'orfèvre des artisans qui les confectionnent. Les lipsyncs, l'épreuve phare du télécrochet, manquent d'enthousiasme et de frissons, contrairement à celui de Big Bertha et Lolita Banana en 2022 sur une chanson de Yseult.
L'auteur note un changement de dynamique : on est passé d'une première saison où les drag queens, solidaires, affichaient leur méfiance envers la production et le montage vidéo, à une saison plus américanisée et plus clanique, y compris parmi les fans. Plusieurs reines ont été victimes de cyberharcèlement, notamment de téléspectateurs déçus par l'élimination de certaines candidates, rompant avec la bienveillance de la saison 1. On regrette presque les débuts de la présentatrice Nicky Doll en 2022, qui a gagné en assurance mais au détriment d'une spontanéité rafraîchissante.
Le merchandising est omniprésent : chaque épisode comporte un gros plan sur le miroir de Kam Hugh, candidate de la saison 1 qui a lancé sa marque de produits de beauté, et Nicky Doll fait la promotion de la tournée de Drag Race France à chaque épisode. Comme pour les séries, il faut savoir s'arrêter à temps, ne pas faire la saison de trop. Un défi pour le drag français, qui a su montrer son savoir-faire et gagner en notoriété grâce à l'émission, mais ne doit pas s'enfermer dans un show de téléréalité.



