La pintade de Lussan, petite volaille en céramique imaginée il y a une quarantaine d'années dans le Gard, a conquis les intérieurs du monde entier. Des États-Unis à l'Australie en passant par l'Europe, elle s'impose comme un objet déco intemporel. « En Asie, elle n'est pas trop vendue », relève Adrien Caillard, dirigeant des Céramiques de Lussan, entreprise familiale installée dans le village perché.
Une création née dans le Gard il y a quarante ans
Heidi Caillard, artiste suisse formée à l'école de céramique de Lausanne, a créé la pintade stylisée après avoir installé son premier atelier à Blauzac en 1968. Elle rencontre son mari, travaillant alors à la base aéronavale de Garons, et le couple achète un mas en ruines de 600 m² à Lussan, l'ancienne ferme du château de Gide. En 1974, l'atelier ouvre. La céramiste multiplie les créations animalières – poule, canard, chat, caille – mais la pintade ne connaît pas immédiatement le succès. « Dans les années 80, elle était trop moderne ! », sourit Adrien Caillard. Au début, elle était grise et blanche.
Heidi poursuit seule l'aventure, et son fils la rejoint à 24 ans. « Ma mère travaillait à l'instinct, pourtant c'est un métier très technique ! » Adrien la convainc de développer les ventes professionnelles et trouve une astuce d'emballage pour expédier l'oiseau sans casser sa tête. Un article dans Art & Décoration pour Noël 1998 la met en lumière : « une révélation, je recevais une dizaine d'appels par jour ». La production augmente naturellement. Aujourd'hui, l'entreprise compte dix salariés formés sur place.
Un succès qui traverse les frontières
En 2000, Adrien Caillard participe pour la première fois au salon parisien Maison & Objets, « le Graal ! », et y retourne chaque année. Il tente de proposer d'autres modèles (coq, dindon, paon) mais la pintade reste la vedette. « On a décidé de travailler sur les couleurs », explique-t-il. Quarante teintes sont désormais proposées, unies ou décorées. La pintade conquiert le marché américain, exposée à New York, Atlanta et Las Vegas. « Aux États-Unis, ils aiment son côté très frenchy », constate Adrien Caillard.
Le succès est aussi boosté par la vente en ligne et les trois boutiques gardoises de l'atelier, à Lussan, Uzès et Nîmes, gérées par son épouse Majida, férue de déco. « Elle a ouvert aussi un concept store, La Maison de Syla, à Uzès et Nîmes ». Chaque année, 10 000 pintades sortent de l'atelier de Lussan, dont 15 % vendues en direct. Dans la boutique attenante, « on a 13 000 visiteurs par an. On est devenu une attraction touristique ».
Un processus artisanal méticuleux
La création d'une pintade commence par un modèle sculpté. Les moules sont renouvelés tous les 80 coulages. Huit opérations sont nécessaires avant le résultat final. « Entre la préparation de la terre et la sortie du four, il faut quinze jours », précise Adrien Caillard. La terre est préparée à 90 % par l'atelier, provenant de la carrière de Puyloubier, au pied de la Sainte-Victoire. Les couleurs, au nombre d'une quarantaine, sont créées selon des formules propres à 95 %. Chaque couleur exige une adaptation spécifique de cuisson, séchage et application. Certaines teintes sont très prisées, avec des listes d'attente.
La cuisson de la faïence se fait à 980 °C, « à 3 ° près, on n'obtient pas le même résultat. C'est de la chimie », explique le céramiste. Les pièces présentant des défauts minimes sont vendues en deuxième ou troisième choix avec des remises, même sur le site internet de l'entreprise.



