A-MO, le street artiste bordelais qui transforme le tag en art animalier
A-MO : le graffeur qui sublime les murs de Bordeaux

Actif depuis une bonne quinzaine d'années, A-MO a apporté sa patte sur une bonne partie des murs de Bordeaux : des portraits d'animaux réalisés grâce à une technique qui mélange tag et peinture, et qui sont régulièrement partagés sur les réseaux sociaux. « Mon pseudo, c'est tout en majuscules : A-MO », insiste ce graffeur bordelais. Parce que ça signifie quelque chose de particulier ? « Ça signifie ''J'aime'' dans plusieurs langues, et c'est facilement prononçable et identifiable. » On n'en saura pas plus sur l'identité de cet artiste de rue, sauf qu'il est né en 1982, qu'il est venu au graf par le biais de la culture hip-hop (il a aussi été DJ et rappeur), qu'il a vécu dans le Tarn ou à Toulouse avant d'arriver à Bordeaux dans les années 2010. Et qu'en cette année 2026 on voit beaucoup son travail dans la capitale girondine.

Des fresques emblématiques dans toute la ville

Le chimpanzé et la girafe de la Promenade Sainte-Catherine, le centre commercial à ciel ouvert de l'hypercentre de Bordeaux. « Clairement, le regard sur le street art a changé », sourit-il de ses yeux bleus intenses. A-MO vient de terminer deux fresques rue Bouffard, près de la place Gambetta, pour marquer la réouverture du Musée des arts décoratifs et du design quelques centaines de mètres plus bas. Auparavant il avait été contacté pour une fresque représentant un chimpanzé et une girafe dans la Promenade Sainte-Catherine.

Le petit postier de la place Gambetta : « Quand la façade de l'immeuble a été refaite, ce sont les commerçants qui ont demandé qu'il soit conservé », raconte Christophe Loubes. En vrac, on citera encore un renard réalisé place du Palais, un martin-pêcheur dans le quartier Saint-Michel, un lézard en face du commissariat… Ou un petit postier avec des ciseaux, sous une boîte à lettres de la place Gambetta. « C'était en 2012 ou 2013. Et quand la façade de l'immeuble a été refaite, on a gratté partout sauf à l'endroit où j'avais fait ce personnage. Ce sont les commerçants de la place qui ont demandé qu'il soit conservé. Ils ont considéré que ça faisait partie de l'identité du lieu. »

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La rue, cœur du travail

Omniprésent A-MO ? « Non, je suis loin d'être le gars qui cherche scrupuleusement à peindre dans tous les quartiers. En revanche je cherche les spots les plus visibles, et qui ne bougent pas tout le temps. C'est souvent des emplacements tellement évidents que personne n'ose y poser une belle pièce. Le renard de la place du Palais, c'est un peu ma vitrine. La mairie et les bibliothèques de Bordeaux l'ont utilisé dans leur communication, alors que je l'ai peint de façon complètement illégale. Même chose pour mon lézard : Je suis venu un dimanche le peindre. Je m'étais installé des barrières. La police est passée. Mais personne n'a eu la présence d'esprit de me demander si j'avais l'autorisation tellement c'était énorme. »

« Est-ce qu'il y a eu une plainte ? » Car si les toiles d'A-MO sont collectionnées par des personnalités bordelaises comme l'architecte Michel Pétuaud-Létang, le promoteur immobilier Norbert Fradin ou l'homme d'affaires Bernard Magrez, ce n'est pas pour autant qu'il a arrêté de peindre dans la rue : « Ça restera toujours le cœur du travail. C'est vraiment là qu'on ressent les sensations du vrai, que l'on peigne légalement ou illégalement. »

Un dialogue avec la police

Inutile de dire qu'A-MO a eu plus d'une fois affaire à la police. « Mais à chaque fois, je me débrouille pour terminer ce que je fais. Je discute, j'explique ma démarche, je donne ma carte d'identité, je montre que je les respecte… Jusqu'ici les policiers ont été compréhensifs. Le premier truc que je leur demande c'est : ''Est-ce qu'il y a eu une plainte ? Ils me disent toujours que non. »

La technique du paintag

Bon, pour le rhinocéros et le tigre de la rue Bouffard, les choses ont été plus simples : Michel Pétuaud-Létang a fait installer des plaques de bois sur lesquelles le street artiste a peint. Double avantage : les choses sont faites dans la légalité et il n'a pas eu à s'adapter à la tôle ondulée qui se trouve derrière. « C'aurait été super-galère avec ma technique, qui est très spontanée. Si je dois suivre le relief de quelque chose, je perds cette spontanéité et l'essence même de mon travail. »

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Car, à proprement parler, A-MO ne peint pas ; il superpose des tags qui font apparaître des couleurs et des formes. Une technique qu'il qualifie de « paintag ». « Mon idée, c'est d'utiliser le tag, qui est perçu comme la pire des pollutions urbaines, et d'en faire un truc positif. Et comme j'aime la nature, je me suis dit ''Tiens, pourquoi pas essayer de faire des animaux avec ça ?''. »

L'inspiration animale

Écureuil, tigre, girafe : les animaux sont effectivement omniprésents chez A-MO. Affaire de convictions écologiques, mais aussi parce qu'« il y a énormément de beauté à transmettre chez l'animal. Ce qui me plaît, c'est leur côté instinctif. Faire les choses parce qu'on doit les faire ou parce qu'on a envie de les faire, sans faux-semblants, sans hypocrisie, et avec une grande compréhension de son environnement. » Comme dans la peinture de rue, non ?