Un chantier titanesque confronté à de nouveaux défis structurels
Le projet de transformation en hôtel lifestyle du bâtiment historique de la place Gambetta à Bordeaux connaît un nouveau coup d'arrêt. Depuis le vendredi 6 mars, le chantier est fermé, comme l'a confirmé l'architecte Michel Pétuaud-Létang. Cette suspension n'est pas due à un accident, mais à l'attente du rapport initial de contrôle technique (RICT), nécessaire pour garantir la stabilité de l'édifice.
Une structure historique révélant ses faiblesses
Après les phases de démolition débutées en juillet 2024 et reprises en janvier 2025, qui ont permis d'enlever amiante, acier, aluminium, plaques de plâtre et gaines, l'architecte a pu obtenir une vue d'ensemble de la structure. Celle-ci s'est révélée « très mal foutue », selon ses propres termes, avec un problème particulièrement prégnant du côté de la rue Toulouse-Lautrec.
Le bâtiment, érigé à partir de 1770 et maintes fois réaménagé au fil des siècles, ne repose pas sur des fondations traditionnelles mais sur du sable. Cette particularité, combinée aux nombreuses transformations subies et à un incendie dévastateur en 1989, pose aujourd'hui des défis techniques majeurs.
Le poids des normes européennes
Il y a trois semaines, le bureau de contrôle technique a demandé à Michel Pétuaud-Létang de prouver la stabilité de l'immeuble selon les Eurocodes, les normes européennes harmonisées qui se substituent désormais aux codes nationaux. Ces normes sont « plus contraignantes » que les règles françaises précédentes.
Des relevés au laser réalisés fin février sur l'ensemble de la structure ont permis de vérifier, après calculs, si les charges étaient correctement supportées. Le verdict est tombé le 5 mars : il faut reprendre et renforcer 40 poutres à tous les niveaux du bâtiment.
Conséquences sur le planning et le budget
Cette décision entraîne des conséquences inéluctables sur le chantier. Les calculs des ingénieurs, les consultations des entreprises et le lancement des travaux de renforcement vont prendre environ trois mois supplémentaires. L'ouverture de l'hôtel de 85 chambres, avec son restaurant, son spa et ses boutiques, est ainsi repoussée au printemps 2027, soit un délai supplémentaire de six mois par rapport au planning initial.
Sur le plan financier, un surcoût certain est à prévoir, même s'il n'est pas encore chiffré précisément. Michel Pétuaud-Létang avait toutefois anticipé une marge d'erreur de 600 000 euros dans le budget global de ce projet où l'homme d'affaires Michel Ohayon investit 100 millions d'euros.
L'optimisme malgré les obstacles
L'architecte, qui travaille sur ce dossier depuis 1995 et n'en est pas à sa première réhabilitation d'un bâti ancien, reste confiant. Il affirme que techniquement, « il n'y a rien d'infaisable » et que les éléments de structure défaillants peuvent être doublés ou renforcés par des pièces métalliques.
Alors que l'inauguration ne pourra être effective avant l'été 2027, et non plus le 23 octobre 2026 comme initialement prévu par le propriétaire, Michel Pétuaud-Létang le martèle : « L'hôtel se fera ! »
Deux siècles et demi de transformations
L'histoire de ce bâtiment témoigne de son évolution constante :
- 1770 : Seules les façades sont édifiées sur la place Dauphine (future place Gambetta)
- 1780 : Complétion des habitations sur cinq niveaux
- 1854-1882 : Transformation en « grand magasin » avec verrière et campanile
- 1934 : Rachat par le Printemps et nouvelles modifications structurelles
- Juillet 1989 : Incendie dévastateur lors des travaux pour accueillir Virgin
- Septembre 2024 : Lancement du chantier de transformation en hôtel par Michel Pétuaud-Létang



