Un ancien accro aux réseaux sociaux invente une solution pour lutter contre l'addiction numérique
Célestin Alusse, 21 ans, reconnaît sans détour avoir été « accro » aux réseaux sociaux, cette dépendance que la France et d'autres pays souhaitent interdire aux mineurs. Ayant reçu son premier smartphone à 14 ans, le jeune homme avoue avoir initialement perçu ces plateformes comme « une perte de temps ». Pourtant, tout a basculé lorsqu'il a intégré l'université.
La spirale infernale de la dépendance numérique
En quittant le cocon familial pour s'installer seul dans un appartement à Nantes, Célestin s'est retrouvé livré à lui-même, sans le contrôle parental. Il s'est alors plongé tête baissée dans le scrolling frénétique des Reels sur Instagram, y consacrant quatre à cinq heures par jour en semaine et jusqu'à huit heures le week-end. Chaque session se terminait par une « sensation de vide » et un « sentiment de culpabilité » d'avoir gaspillé son temps.
Malgré cette prise de conscience, le cercle vicieux reprenait systématiquement le lendemain. L'étudiant de Polytech Nantes, autrefois débordant de projets, a progressivement perdu tout enthousiasme. « Je n'avais plus envie de rien faire, je n'arrivais plus à me concentrer plus d'un quart d'heure sur une tâche et cela s'est ressenti sur mes résultats », confie-t-il.
Des tentatives infructueuses et une prise de conscience
Pour sa rentrée en deuxième année en septembre 2024, Célestin a pris « une décision radicale » en supprimant tous les réseaux sociaux de son téléphone. Il les a réinstallés quelques mois plus tard en guise de « récompense » après l'amélioration de ses notes, mais a rapidement « replongé ». Le jeune homme a essayé diverses méthodes pour réduire sa consommation, comme la limitation de temps ou le mode noir et blanc, sans succès.
Le déclic est survenu en juin dernier lors d'un voyage solo à l'étranger. « J'ai enfin réussi à me déconnecter, à prendre le temps de lire et cela m'a fait un bien fou », raconte-t-il. Cette expérience l'a inspiré à créer un outil pour lutter contre l'addiction aux écrans.
Waiki : transformer un geste inconscient en action volontaire
Baptisé Waiki, ce petit boîtier équipé d'une puce NFC permet de « créer une barrière physique » entre l'utilisateur et les applications distractives. Après avoir téléchargé l'application associée, on peut désactiver Instagram, TikTok ou Snapchat en scannant le boîtier sur son smartphone, avec la possibilité de les réactiver à tout moment.
« C'est un petit geste supplémentaire qui permet de casser le réflexe d'automatisme », explique Célestin. « On transforme un geste inconscient en un geste volontaire. » Pour éviter la tentation, on peut également désactiver certaines applications et laisser le boîtier chez soi, empêchant ainsi le scrolling compulsif pendant la journée.
Cette solution pourrait aussi aider les parents. « Plutôt que confisquer le téléphone de leur enfant, cela peut être une alternative pour installer un échange et responsabiliser les jeunes », suggère l'inventeur.
Un projet qui rencontre un écho significatif
Désormais inscrit à l'Insa de Rennes, Célestin Alusse reconnaît que sa création « n'est pas la solution miracle, surtout pour les gros addicts ». Cependant, « pour ceux qui ont envie de reprendre le contrôle, cela peut être une motivation pour une consommation plus réfléchie ».
Son invention suscite un intérêt considérable. La campagne de préventes sur Ulule a déjà engrangé 730 commandes, alors que Célestin n'en espérait qu'une cinquantaine. « Cela prouve que c'est un projet qui a du sens », se réjouit-il, déterminé à poursuivre son combat contre l'addiction aux écrans et aux réseaux sociaux, qui touche « les jeunes et les moins jeunes, car cela concerne tout le monde ».



