Sept heures quotidiennes sur smartphone : le témoignage éclairant d'un lycéen
Verdict : 7 heures 09 minutes. C'est précisément le temps que Clovis, adolescent de 15 ans scolarisé en région parisienne, passe chaque jour sur son iPhone 13 Pro. Ce lycéen affirme pourtant ne pas être « accro » à son appareil mobile, contrairement aux affirmations de ses parents. « Je réussis à me contrôler », insiste-t-il, énumérant ses activités quotidiennes : suivre les cours, faire ses devoirs en autonomie, voir régulièrement ses amis.
Une conscience progressive de la dépendance
Au fil de la discussion, Clovis révèle cependant une lucidité certaine concernant la place centrale qu'occupe son smartphone dans son existence. L'adolescent, qui a obtenu son premier téléphone à l'entrée au collège, consacre une partie significative de son temps d'écran à Snapchat. « C'est pour parler aux gens que je connais et pour faire les flammes », explique-t-il, faisant référence à cette fonctionnalité qui comptabilise les échanges quotidiens entre utilisateurs.
Instagram représente pour lui une fenêtre sur la vie des autres, mais uniquement via les stories. « Il y a deux types de personnes », analyse-t-il avec perspicacité : « ceux qui vivent des choses et les partagent, et ceux plus en retrait qui ne postent jamais ». Clovis se range dans la seconde catégorie, ne publiant que rarement, principalement des paysages ou des expositions qui l'ont particulièrement touché.
TikTok : entre divertissement et culpabilité
L'application TikTok complète son arsenal numérique. Le lycéen y suit pêle-mêle des sportifs comme Ronaldo, Messi ou Mbappé, l'équipe de France, ainsi que des extraits de films et des vidéos humoristiques. Mais il reconnaît sans détour l'effet addictif de la plateforme : « L'algorithme nous attire, cherche à nous faire rester indéfiniment. Après une longue session, je me sens mal : j'ai procrastiné, perdu du temps. »
Malgré des tentatives pour s'imposer des limites via des bloqueurs d'écran, Clovis a échoué à maintenir ces restrictions. « À chaque fois que j'étais bloqué, je désactivais l'outil. Ça ne me servait à rien », admet-il avec franchise.
Au-delà du divertissement : un outil d'apprentissage
Le smartphone n'est pas seulement un vecteur de divertissement pour l'adolescent. Sur TikTok, il consulte assidûment des microtrottoirs d'étudiants en études supérieures pour s'informer sur son orientation future. « Ça me permet de me renseigner sur ce que je peux faire après le lycée, sur les salaires dans différents métiers », précise-t-il, ajoutant que la pression scolaire l'incite à anticiper ces questions.
YouTube représente un autre pilier de ses usages numériques. Outre le suivi de créateurs populaires comme Squeezie et MrBeast, la plateforme lui permet de visionner des documentaires et des contenus éducatifs. « Je regarde beaucoup Le Dessous des Cartes », confie-t-il, révélant un intérêt marqué pour la géopolitique.
Passions et jeux : le smartphone comme lien social
Passionné d'aviation, Clovis utilise également son iPhone pour nourrir cette fascination. Il a téléchargé Aerofly, un simulateur de vol qu'il qualifie de « super réaliste ». Les jeux vidéo représentent par ailleurs un vecteur important de sociabilité. Avec son frère et ses amis, il joue régulièrement sur Roblox, cette plateforme qui permet de créer des univers virtuels et d'interagir avec d'autres joueurs.
Fait notable, le smartphone devient même un outil de jeu familial. « Avec mes parents, nous faisons des parties d'Undercover ou de Gartic Phone le soir », raconte Clovis. « C'est presque comme si on jouait tous ensemble à un jeu de société », ajoute-t-il, soulignant la dimension collective de ces pratiques.
Rituels numériques et moments de déconnexion
Le rythme quotidien de Clovis est rythmé par des habitudes numériques bien établies. Le moment où son temps d'écran « explose » correspond au retour des cours, durant cette période de transition avant de se mettre aux devoirs. Le matin, en revanche, il évite son téléphone jusqu'à être dans le bus scolaire.
Sa première consultation matinale consiste à vérifier les notifications nocturnes : stories Instagram, snaps reçus, et parfois les actualités via des comptes comme Hugo Décrypte, Le Point, Le Parisien ou BFMTV. « Quand un sujet m'intéresse vraiment, je peux creuser en lisant les articles », précise-t-il.
Des moments de déconnexion existent cependant. L'été représente pour lui un « sanctuaire » numérique : « Je veux juste profiter, surtout quand on se promène en forêt ou qu'on passe un après-midi à la plage. Mon iPhone reste alors à la maison. » La nuit, ses parents lui interdisent d'ailleurs de garder son téléphone dans sa chambre, une restriction qu'il approuve pleinement.
Un regard critique sur l'usage parental
Clovis porte un regard amusé sur les reproches de ses parents concernant son usage du smartphone. « Mes parents disent que je suis tout le temps dessus. Je ne suis pas d'accord », affirme-t-il avant d'ajouter : « Eux-mêmes sont beaucoup plus sur leurs téléphones qu'ils ne veulent l'admettre. Quand ce n'est pas ça, c'est l'ordinateur pour travailler ou la télévision. »
Cette observation reflète une tension générationnelle caractéristique de notre époque numérique, où les écrans ont envahi tous les aspects de la vie quotidienne, créant parfois ce que Clovis qualifie avec ironie d'« hôpital qui se fiche de la charité ».
Le témoignage de cet adolescent offre ainsi un panorama complet des usages numériques contemporains, mêlant dépendance assumée, utilisation éducative, sociabilité virtuelle et moments de déconnexion salvateurs.