Municipales 2026 : La guerre des réseaux sociaux dans le Biterrois
Municipales 2026 : La guerre des réseaux sociaux dans le Biterrois

Municipales 2026 : La guerre des réseaux sociaux dans le Biterrois

À l'approche des élections municipales de 2026 dans l'Hérault, les réseaux sociaux sont devenus un terrain de jeu aussi essentiel que redoutable pour les candidats. Facebook, Instagram, X, TikTok, YouTube... Tous les prétendants à l'écharpe tricolore, de Béziers aux petites communes du Biterrois, utilisent ces plateformes pour diffuser leurs idées, leur programme et tenter de séduire les électeurs. Mais cette course à la visibilité numérique s'accompagne de dérives inquiétantes qui interrogent profondément la qualité du débat démocratique.

La communication numérique : une obligation devenue piège

Tous les candidats interrogés reconnaissent l'importance désormais incontournable des réseaux sociaux. "Communiquer au plus grand nombre", "répondre aux questions", "se montrer accessible" : les objectifs affichés sont nobles. Certains s'enorgueillissent même de leurs performances numériques, comme Robert Ménard, maire sortant de Béziers, dont la page "Choisir Béziers" compte 55 000 abonnés sur Facebook et 138 000 sur Instagram. "Certaines de mes vidéos ont eu plus de 2 millions de vues", précise-t-il. Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité plus sombre.

La gestion de ces comptes est rarement assumée ouvertement. Souvent confiée à des colistiers, des sympathisants ou même des prestataires rémunérés, cette délégation crée un flou propice aux manipulations. Pire encore : l'utilisation de faux comptes et de bots pratiquant l'"astroturfing" - cette technique qui consiste à créer artificiellement l'illusion d'une popularité croissante - est devenue monnaie courante. "Cliquer n'est pas voter", rappelle avec justesse un observateur de la campagne.

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L'enfer des commentaires : trolls, insultes et menaces

Quand la course à la mairie se joue sur les réseaux sociaux, les règles de bienséance disparaissent rapidement. Les commentaires anonymes, postés par des internautes cachés derrière leurs écrans, dépassent souvent le simple désaccord politique pour basculer dans l'injure, la diffamation, voire la menace. "Les trolls débutent par de faux profils", explique Richard Bertrand, candidat à Valras-plage. "Ils sont ouverts depuis peu, à l'approche des Municipales, ont très peu d'amis et n'ont pas d'activité publique. On comprend très vite qu'ils sont là pour semer la zizanie."

Des pseudonymes loufoques comme "Gazelle masquée" ou "Hutch Ramirez" pullulent, rendant impossible l'identification des véritables auteurs. Thierry Antoine, candidat du "Printemps de Béziers", tente de relativiser : "N'oublions pas qu'à l'époque, c'étaient les graffitis, les lettres anonymes." Mais il reconnaît que la donne a changé : "Les critiques s'arrêtaient une fois le petit jaune posé sur le comptoir. Sur les réseaux sociaux, les commentaires vont souvent bon train."

Les candidats face à la déferlante numérique

Face à cette situation, les réactions des candidats varient. La plupart disent s'en accommoder ou prendre leurs distances, comme David Ocard (Béziers unie et populaire, LFI). D'autres, comme Thierry Mathieu (Rassembler Béziers), dénoncent "de vraies dérives". "Face à elles, il faut toujours se demander à qui profite le crime", affirme-t-il, pointant du doigt des faux comptes qui seraient "très favorables à Robert Ménard".

Robert Ménard, de son côté, qualifie des propos tenus sur les comptes de "Béziers Autrement" (favorables à Thierry Mathieu) "d'orduriers". "Les insultes, les mensonges, je laisse tomber. C'est toujours très compliqué de retrouver les auteurs", explique le maire sortant, qui précise néanmoins avoir des limites : les menaces. "J'en reçois régulièrement et je dépose plainte, sans en faire état en public."

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La réponse judiciaire : une protection nécessaire

Certains candidats ne se contentent pas de subir ces attaques. Thierry Mathieu annonce : "J'ai un courrier au procureur qui va partir." Richard Bertrand, après ce qu'il considère comme de la "calomnie, de la diffamation et, pour certains, de la menace" de la part de colistiers de son adversaire, a fait constater les propos par un commissaire de justice et prépare un dossier pour le parquet.

Le cas le plus grave concerne Fabrice Garnier (Servian Nouvelle ère), dont un colistier a reçu une cartouche de fusil de chasse scotchée à un tract de campagne le 15 février dernier. Le candidat doit également faire face à un compte Facebook parodique nommé "Fébrile Grenier" qui cherche à le discréditer. "On ne sait pas qui se cache derrière mais on saura qui sait", assure-t-il. Il raconte également avoir été visé par une vidéo insultante diffusée sur Facebook par un adjoint de l'équipe municipale actuelle, montrant des personnages partant à l'assaut avec des tronçonneuses. "C'était un appel à la violence. Nous avons demandé à Facebook de la supprimer."

Un débat public appauvri

Pour Fabrice Garnier, comme pour de nombreux observateurs, ces dérives ont un coût démocratique majeur : "Ce genre de faits sur les réseaux limite le débat, l'appauvrit, ne l'élève pas. C'est déplorable..." Robert Ménard résume la situation avec amertume : "En général, les campagnes électorales ne poussent pas à l'intelligence et ce n'est jamais très propre."

Alors que les électeurs du Biterrois s'apprêtent à voter les 15 et 22 mars prochains, la question se pose avec acuité : dans cet univers numérique impitoyable, que reste-t-il du vieil adage "Vox populi, vox Dei" (la voix du peuple est la voix de Dieu) ? Les réseaux sociaux, outils précieux pour la démocratie participative, sont aussi devenus des armes redoutables dans la guerre électorale. Un paradoxe qui interroge sur l'avenir même du débat public à l'ère numérique.