Le paradoxe de Jevons revisité : comment l'IA pourrait suivre la même trajectoire que le charbon
Paradoxe de Jevons : l'IA sur la même voie que le charbon ?

Le lien inattendu entre intelligence artificielle et charbon

Quel est le point commun entre l'intelligence artificielle et le charbon ? Cette question ne déroute absolument pas les startupers et les dirigeants de la Silicon Valley. Pour saisir le lien qu'ils établissent entre ces deux univers apparemment éloignés, il est essentiel de se plonger dans les méandres du paradoxe de Jevons.

Le paradoxe de Jevons : une leçon historique

En 1865, l'économiste et statisticien britannique William Stanley Jevons mettait en garde le Royaume-Uni, alors profondément dépendant du charbon, contre les dangers d'une pénurie imminente dans son ouvrage célèbre The Coal Question. Il réfutait avec force l'idée que l'épuisement des mines pourrait être retardé grâce au développement de machines moins énergivores.

"C'est exactement l'inverse qui se produit dans la réalité", écrivait-il avec conviction. L'histoire lui donnera raison quelques années plus tard. À cette époque, James Watt avait considérablement amélioré l'efficacité des machines à vapeur fonctionnant au charbon. Mais en rendant cette source d'énergie plus rentable et accessible, il a involontairement contribué à démocratiser son usage à grande échelle.

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L'explosion de la consommation énergétique

Les conséquences furent spectaculaires :

  • Davantage de trains et de navires furent progressivement équipés de ces machines améliorées
  • De nouvelles usines surgirent partout sur le territoire britannique
  • Le résultat fut une explosion sans précédent de la consommation de houille

Le paradoxe de Jevons démontre ainsi de manière éclatante que certaines avancées technologiques, loin de réduire la consommation énergétique globale, peuvent au contraire la stimuler de façon exponentielle.

Pourquoi la Silicon Valley s'intéresse-t-elle à ce paradoxe ?

Une question cruciale se pose alors : pourquoi les pontes de la Silicon Valley, de Satya Nadella chez Microsoft à Garry Tan de Y Combinator, font-ils constamment référence à ce paradoxe vieux de plus d'un siècle et demi ? La réponse réside dans leur analyse prospective de l'impact de l'intelligence artificielle sur le marché du travail.

Ces visionnaires du numérique estiment que l'effet de l'IA sur l'emploi pourrait suivre exactement la même logique que celle observée avec le charbon au XIXe siècle. Alors que l'automatisation et l'IA promettent d'accroître la productivité et l'efficacité des processus de travail, elles pourraient simultanément générer une demande accrue pour de nouveaux types d'emplois et d'activités économiques.

Cette perspective crée un débat intense au sein de l'écosystème technologique, où certains craignent que les gains d'efficacité apportés par l'IA ne conduisent finalement à une expansion globale de la consommation de ressources humaines et numériques, suivant le schéma établi par Jevons il y a plus de 150 ans.

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