L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, lauréat du Prix Fnac du meilleur roman 2026, est au centre d'une vive controverse depuis le 21 septembre 2026. Un compte X nommé « Balance ton Claude » l'accuse d'avoir rédigé son roman C'était ça ou mourir « presque intégralement » à l'aide d'une intelligence artificielle. L'auteur réfute fermement ces allégations et dénonce des attaques racistes, tandis que ses éditeurs Grasset et Boréal lui maintiennent leur confiance.
Une accusation virale aux résultats contradictoires
Le compte « Balance ton Claude », jusqu'alors confidentiel avec 92 abonnés, a publié le 21 septembre un message affirmant que le roman avait été écrit par IA, en s'appuyant sur une analyse d'extraits réalisée avec le logiciel américain de détection Pangram. Ce post est devenu viral : il a été repartagé plus de 1 000 fois et a accumulé plus de 3 millions de vues. L'ouvrage, salué comme un « phénomène de la rentrée littéraire », est en lice pour les prix Goncourt, Médicis, Fémina et Décembre, et a déjà reçu les prix Fnac, Méduse et Première Plume.
L'auteur nie et dénonce des attaques racistes
Dans un entretien exclusif à Libération, Thélyson Orélien a nié en bloc : « J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » L'écrivain de 38 ans a exprimé sa colère : « Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes […] mais je ne m'attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère. » Interrogé sur les conclusions du logiciel Pangram, il a émis l'hypothèse que « le logiciel est habitué aux traditions littéraires françaises et aux auteurs classiques ».
La maison d'édition Grasset a condamné « fermement tout propos malveillant » à l'égard de l'auteur. De son côté, Boréal, l'éditeur montréalais qui a publié le roman au printemps au Canada, a indiqué à l'Agence France Presse avoir « pris connaissance des allégations » sans les « prendre à la légère », tout en affirmant que « la confiance de l'équipe des Éditions du Boréal envers le travail de Thélyson Orélien demeure entière ».
Des détecteurs d'IA aux verdicts divergents
L'AFP a soumis les extraits choisis par le compte X à plusieurs outils de détection, obtenant des résultats contradictoires. Avec InVID-WeVerify, l'outil co-créé par l'AFP, les passages ont été jugés « très probablement écrits par un humain ». Sept autres détecteurs ont donné des conclusions divergentes : l'un (app.its-ai.org) conclut à 100 % de probabilité d'écriture par IA, deux (detectgpt.com, isgen.ai) à l'inverse, deux autres (detecting-ai.com, ghostbuster.app) affichent des probabilités entre 7 et 59 %, et deux derniers (Winston AI et copyleaks.com) varient entre 0 % et 100 % selon les passages.
Un contexte éditorial tendu
Le roman fait partie de la rentrée littéraire de Grasset préparée par l'ancien PDG Olivier Nora, limogé en avril par la direction d'Hachette, premier éditeur français, dans l'orbite du milliardaire Vincent Bolloré. L'accusation est tombée le jour même où Thélyson Orélien recevait le prix Fnac du meilleur roman. Il figure également dans la liste des meilleures ventes et dans les sélections des principaux prix littéraires, dont le Goncourt, le Médicis et le Fémina. L'affaire reste donc ouverte, et l'écrivain devra continuer à faire face aux interrogations sur l'authenticité de son œuvre.



