AMI Labs choisit Paris pour son siège mondial après une levée historique
L'adresse est désormais officielle : le siège d'AMI Labs sera situé dans le 2ème arrondissement de Paris, au cœur du bouillonnant « Silicon Sentier ». Ce berceau historique de la tech française, délimité par les grands boulevards au nord, la rue Réaumur au sud et le boulevard de Sébastopol à l'est, a vu naître et grandir des pépites comme Front, Payfit et Hugging Face.
Le départ fracassant de Yann Le Cun de Meta
Le fondateur d'AMI Labs, Yann Le Cun, natif de Soisy-sous-Montmorency et inventeur des réseaux de neurones convolutifs qui ont révolutionné la vision par ordinateur, a passé plus d'une décennie à la tête du laboratoire FAIR (Facebook AI Research) avant de devenir scientifique en chef de l'IA chez Meta. Son départ en novembre 2025 a fait grand bruit.
La raison de cette rupture ? Des désaccords profonds et croissants avec Mark Zuckerberg sur la voie à suivre pour atteindre la « superintelligence ». Le Cun est convaincu, depuis des années, que la course aux grands modèles de langage (LLM) est une impasse. L'adolescent bouleversé par « 2001, l'Odyssée de l'espace » de Stanley Kubrick n'a jamais abandonné son ambition prométhéenne.
Une levée de fonds record avant même le premier produit
Advanced Machine Intelligence (AMI) vient de lever 1,03 milliard de dollars pour une valorisation de 3,5 milliards – un record absolu pour un tour d'amorçage européen. Cette performance est d'autant plus remarquable que la start-up n'a pas encore lancé son premier produit commercial.
La stratégie d'implantation est résolument multipolaire, refusant le diktat exclusif de la Silicon Valley. AMI Labs disposera de bureaux à New York, Montréal et Singapour, en plus de son siège parisien.
Une équipe d'« Avengers » de la tech mondiale
Le premier à avoir répondu à l'appel de Le Cun est le Français Alexandre Lebrun, nommé directeur général. Ce polytechnicien connaît intimement les rouages de Meta pour y avoir collaboré étroitement avec Le Cun. Serial entrepreneur – fondateur de VirtuOz, Wit.ai (rachetée par Meta) et Nabla en 2018 – sa mission consiste à convertir la manne financière en puissance de calcul et en feuille de route produit viable.
Pour structurer l'ancrage institutionnel, le tandem s'est adjoint les services de Laurent Solly. Énarque, diplômé de Sciences Po, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy puis directeur général adjoint de TF1, il a passé près de treize ans chez Meta. Son carnet d'adresses pourrait s'avérer décisif face à la complexité de l'AI Act européen.
Sur le versant scientifique, le poste de Chief Science Officer revient à Saining Xie, spécialiste de la vision par ordinateur et co-créateur des diffusion transformers. Michael Rabbat, membre fondateur du FAIR de Montréal, prend en charge les world models. Pascale Fung, professeure à la Hong Kong University of Science and Technology, endosse le rôle de Chief Research & Innovation Officer, apportant une dimension éthique et multiculturelle indispensable.
La philosophie révolutionnaire des World Models
Ce qui cimente cette équipe d'exception, c'est une philosophie en rupture totale avec l'approche dominante. La maxime de Le Cun est sans équivoque : « Un chat domestique a infiniment plus de bon sens que le plus intelligent des LLM actuels. »
Là où leurs concurrents gavent des algorithmes de textes pour prédire statistiquement le mot suivant, AMI parie sur les world models – entraîner l'IA à observer les lois de la physique à travers la vidéo et l'interaction spatiale, à la manière d'un enfant qui découvre que l'eau mouille et que les objets tombent.
L'approche repose sur l'architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture). Plutôt que de reconstruire l'avenir pixel par pixel, le modèle apprend à générer des représentations abstraites de la réalité. En intégrant une variable d'action, l'agent d'IA peut anticiper virtuellement les conséquences physiques de ses actes avant de les exécuter.
La démonstration empirique est déjà là : l'architecture V-JEPA 2, développée par l'équipe de Michael Rabbat chez Meta FAIR, a permis à des bras robotiques Franka d'exécuter des tâches de préhension en « zero-shot » – du premier coup, dans des environnements totalement inédits. Et ce, en n'utilisant que 62 heures de données de manipulation.
Un tour de table d'une précision redoutable
La levée de 1,03 milliard de dollars révèle une ingénierie d'alliances stratégique :
- Les fonds de capital-risque internationaux (Cathay Innovation, Greycroft, HV Capital…) ouvrent les portes des grands comptes
- Jeff Bezos et Xavier Niel apportent leur validation institutionnelle
- Nvidia sécurise l'accès ultra-prioritaire aux puces GPU
- Toyota offre un laboratoire grandeur nature pour la robotique
- Le fonds souverain singapourien Temasek pérennise le hub asiatique
- Tim Berners-Lee, inventeur du Web, appose sa caution éthique
Emmanuel Macron a publiquement félicité AMI Labs, illustrant la dimension régalienne d'un projet qui permet à la France de s'ériger en alternative crédible face au duopole sino-américain.
Science ouverte et applications industrielles
Fidèle à l'héritage de Le Cun, AMI Labs élève la science ouverte au rang de pilier stratégique : publications accessibles, code libéré, dans l'espoir de faire de l'architecture JEPA le nouveau standard mondial.
L'avantage le plus immédiat se joue sur le front des talents : en permettant à ses chercheurs de continuer à enseigner (Saining Xie à la NYU, Pascale Fung à Hong Kong), AMI combine liberté académique et puissance de calcul d'une licorne – un pouvoir d'attraction quasi irrésistible pour l'élite scientifique mondiale.
La feuille de route commerciale cible exclusivement l'économie « dure » : industrie, aérospatial, conduite autonome, robotique, santé. Dans ces secteurs, les hallucinations des LLM sont des vecteurs de catastrophes potentielles.
Le partenariat inaugural avec Nabla illustre cette ambition : fusionner l'assistant médical textuel avec l'analyse physique des world models, pour concevoir des systèmes d'IA autonomes capables d'obtenir la certification des autorités sanitaires.
Une institution scientifique plus qu'une start-up
Avec une trentaine de personnes réparties entre Paris, New York, Montréal et Singapour, AMI Labs ne se présente pas comme une start-up ordinaire, mais comme une institution scientifique d'envergure mondiale. Le gamin de Soisy-sous-Montmorency qui rêvait de fusées en regardant Kubrick est en train, depuis le 2ème arrondissement de Paris, de tenter de réécrire les règles de l'intelligence artificielle.
Clément Ader, dont le génie hante encore les murs du musée des Arts et Métiers, reconnaîtrait probablement dans cette entreprise la même soif d'arracher l'humanité à la gravité du statu quo. AMI Labs incarne cette ambition française de repousser les frontières de la connaissance tout en construisant une IA plus fiable, plus ouverte et plus utile à l'humanité.



