L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, lauréat du prix du roman Fnac 2026, a maintenu sa rencontre-dédicace ce mercredi 23 septembre à la Fnac de Montpellier, malgré les soupçons d'utilisation de l'intelligence artificielle pour écrire son roman C'était ça ou mourir. La séance s'est déroulée sans échange avec l'assistance, dans le cadre d'une communication de crise strictement contrôlée.
Une rencontre sous haute tension
L'auteur, arrivé en France depuis peu, a été accueilli par une centaine de personnes venues l'écouter. L'animateur, seul habilité à poser des questions, n'a évoqué l'IA qu'à travers un clin d'œil : « Vous n'aimez pas le mot “sensation”, “événement”… » Thélyson Orélien a sobrement répondu : « ça fait un peu météorologique. »
Malgré la pression, l'écrivain a affirmé aller « bien, très bien », avant de présenter son livre comme « une histoire de gens qui viennent des bas-fonds, une histoire de migrants, appelés à une course perpétuelle et qui oublient toute notion d'humanité ». Il a expliqué s'être appuyé sur des récits d'Haïtiens ayant bravé la mort pour rejoindre le Canada, sa patrie d'adoption depuis 2006.
Le doute persiste
Quand l'animateur l'a lancé sur « les métaphores et le plaisir que vous avez pris à écrire », le doute a ressurgi. Thélyson Orélien a invoqué « la tradition littéraire haïtienne, caribéenne, le pouvoir des mots, cette langue de l'image, la créolité, cette musique ». Aucune interview n'a été accordée à la presse, Midi Libre ayant été accueilli fraîchement par la Fnac.
À la fin des signatures, pressé par son staff, l'écrivain a lâché : « La prochaine fois… J'ai fait une déclaration à Libération ». Le sourire crispé, il a quitté les lieux sans en dire plus.
Soutien du public et réactions
Les lecteurs présents ont exprimé leur soutien. Alessandro Gionta, un lecteur convaincu, a déclaré : « Dans son livre, le passage dans la jungle n'est rien à côté de ce qui lui arrive en ce moment. » Il a ajouté : « Avec ou sans IA, le bouquin est magnifique ! S'il s'est fait aider, ce n'est pas très grave, par contre, s'il est innocent, c'est désastreux. »
Sylvie Pansu, militante à la Cimade, a rejeté la thèse de l'IA : « Ce livre, c'est une vraie tuerie. Il est d'utilité publique ! »
La défense de l'auteur
Dans une déclaration à Libération, Thélyson Orélien a affirmé : « J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » Il a développé : « Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes. Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes […]. Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes […]. Je ne suis pas triste mais en colère. »
L'auteur, présélectionné sur la liste du Goncourt, a reçu le soutien du président du Goncourt, Philippe Claudel, qui a déclaré au Figaro : « Même si les éléments qui apparaissent sont troublants […], évitons de crier avec les loups. » Mediapart a résumé le contexte : « Les accusations faites à Thélyson Orélien sont une aubaine pour l'extrême droite », évoquant un « roman “pro-migrants” écrit par un écrivain noir dans un français mâtiné de créole », critiqué par Valeurs actuelles pour « l'unanimité d'un milieu littéraire si prompt à consacrer un livre dès lors que le sujet paraît moralement irréprochable ». La polémique, qui rappelle le cas de Yambo Ouologuem, lauréat du Renaudot en 1968, accusé de plagiat, reste vive, mais Thélyson Orélien continue de bénéficier du soutien de ses lecteurs et de la présélection au Goncourt.



