IA : pourquoi la France et l'Europe doivent miser sur les ingénieurs
IA : miser sur les ingénieurs pour la souveraineté européenne

Alors que les États-Unis et la Chine dominent le secteur de l'intelligence artificielle (IA), un rapport de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), publié le 15 mars 2023, exhorte la France et l'Europe à investir massivement dans la formation d'ingénieurs pour garantir leur souveraineté technologique. Selon ce document, intitulé « IA : pourquoi la France et l'Europe doivent miser sur les ingénieurs », le Vieux Continent accuse un retard inquiétant en matière de talents.

Un déficit d'ingénieurs en IA

Le rapport souligne que l'Union européenne ne compte que 20 % des ingénieurs en IA dans le monde, contre 40 % pour la Chine et 30 % pour les États-Unis. En France, le nombre d'étudiants en IA a augmenté de 15 % en 2022, mais cela reste insuffisant face à la demande des entreprises. « Nous formons environ 5 000 ingénieurs en IA par an, alors qu'il en faudrait au moins 15 000 pour répondre aux besoins », explique Nicolas Bouzou, économiste et co-auteur du rapport.

Des initiatives pour rattraper le retard

Pour combler ce fossé, le rapport propose plusieurs mesures. D'abord, multiplier les formations spécialisées en IA dans les universités et les écoles d'ingénieurs, en passant de 50 à 200 programmes d'ici 2027. Ensuite, créer un « Erasmus de l'IA » pour favoriser la mobilité des étudiants et des chercheurs en Europe. Enfin, attirer les talents étrangers en simplifiant les visas pour les ingénieurs hautement qualifiés.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un enjeu de souveraineté

Au-delà de la compétitivité économique, l'enjeu est politique. « Sans une maîtrise des technologies clés, l'Europe risque de devenir dépendante des géants américains et chinois », avertit M. Bouzou. Le rapport cite l'exemple des algorithmes de reconnaissance faciale, développés principalement par des entreprises non européennes, ce qui pose des questions éthiques et de protection des données. Selon une étude de la Commission européenne, 70 % des technologies d'IA utilisées dans l'UE proviennent de fournisseurs étrangers.

Des investissements nécessaires

Le rapport préconise également un effort financier significatif. Il recommande de consacrer 10 milliards d'euros supplémentaires sur cinq ans à la recherche en IA, en plus des 20 milliards déjà alloués dans le cadre du programme Horizon Europe. « Il faut un choc d'investissement, comparable à celui du plan de relance post-Covid », insiste l'économiste.

Un avenir à construire

La France et l'Europe disposent d'atouts : une recherche fondamentale de qualité, des écoles d'ingénieurs réputées et un tissu de start-ups dynamique. Mais sans une stratégie coordonnée et ambitieuse, le retard pourrait se creuser. « Le train de l'IA est en marche, et si nous ne montons pas à bord, nous resterons sur le quai », conclut Nicolas Bouzou. Le rapport sera présenté aux ministres de la Recherche et du Numérique dans les prochaines semaines.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale