Dans une tribune publiée par Le Monde, Marco De Angelis, sociologue du travail, met en garde contre les dérives de l'intelligence artificielle (IA) qui, sous couvert d'efficacité, pourrait vider le travail de son sens et accroître les inégalités. Selon lui, l'IA transforme profondément les organisations en automatisant des tâches, mais cette optimisation se fait souvent au détriment de la dimension humaine.
Une rationalisation poussée à l'extrême
De Angelis souligne que l'IA permet une surveillance accrue des salariés, avec des algorithmes qui évaluent en temps réel la productivité. Il cite une étude de l'Institut Sapiens montrant que 40% des tâches répétitives pourraient être automatisées d'ici 2030 en France. Mais cette rationalisation, dit-il, risque de transformer les employés en simples exécutants, privés de toute initiative.
Il prend l'exemple des entrepôts logistiques où les robots guident les gestes des travailleurs, réduisant les marges de manœuvre. "Le travailleur devient un appendice de la machine, ce qui génère une perte de sens et une souffrance psychique", écrit-il.
Un accroissement des inégalités
L'auteur alerte sur le fait que les bénéfices de l'IA profitent surtout aux actionnaires et aux grandes entreprises, tandis que les salariés subissent une pression accrue. Il rapporte que selon une enquête de la Dares, 15% des salariés français déclarent que leur charge de travail a augmenté avec l'introduction d'outils numériques, sans hausse de salaire.
De Angelis appelle à une régulation pour éviter que l'IA ne creuse les écarts. Il propose notamment la création d'un "droit à la déconnexion algorithmique" permettant aux travailleurs de contester les décisions automatisées.
Vers une redéfinition du travail
Pour le sociologue, l'enjeu est de repenser le travail à l'ère de l'IA. Il préconise de mettre l'humain au centre des innovations, en favorisant la formation continue et en impliquant les salariés dans la conception des outils numériques. "Il ne s'agit pas de rejeter le progrès, mais de l'orienter vers plus de justice sociale", conclut-il.



