Gabriel Nassif, de champion de Magic à créateur de contenu Twitch
Gabriel Nassif, de Magic à Twitch

Gabriel Nassif, de champion de Magic à créateur de contenu Twitch

« J’ai commencé au collège, aujourd’hui j’ai 42 ans… » Gabriel Nassif, connu sous le pseudonyme « Yellowhat » dans la communauté des joueurs compétitifs du jeu de cartes Magic, est désormais un créateur de contenu sur Twitch. Sur sa chaîne, il parle essentiellement… de Magic.

Ancien champion – il a figuré parmi l’officieux top 5 des meilleurs joueurs du monde –, passé par le poker professionnel, il est aujourd’hui de retour sur la scène Magic, mais moins en tant que compétiteur que de commentateur de l’actualité du TCG. Près de 30 ans après sa découverte du jeu, et alors que se tient à Paris, les 18 et 19 avril, le Gala TCG - grand-messe annuelle des fans de Pokémon, Lorcana, Magic et autres jeux de cartes à collectionner - Gabriel Nassif nous parle de sa passion devenue profession.

Pourquoi aviez-vous arrêté Magic ?

Je n’ai jamais vraiment arrêté depuis ma découverte du jeu, il y a 28 ans, quand j’étais au collège. J’ai connu les débuts du jeu en physique, j’y jouais tout le temps à la récré mais j’étais plus investi que mes potes… J’allais à Paris dans les lieux de rassemblement de gros joueurs, à Jussieu, à l’Œuf Cube… Très vite j’ai commencé les tournois et ça a été ma vie. J’ai eu la chance d’avoir des bons résultats et en 2001 j’ai fait mon premier Pro Tour, que j’ai gagné deux fois. En 2010, j’ai eu la chance d’être intégré au Hall of Fame. Ce qui veut dire que je n’avais plus besoin de me qualifier pour les gros tournois, j’étais invité d’office. Du coup, j’arrivais un peu les mains dans les poches, sans m’entraîner. Je prenais une location avec des potes et c’était un peu la fête. Forcément, j’ai commencé à avoir des résultats pas terribles… Et j’ai perdu la motivation.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

C’est là que vous avez délaissé Magic au profit du poker.

J’ai toujours aimé le poker en ligne. Pendant dix ans, j’ai été joueur pro de poker, c’était ma source de revenus. Mais j’ai arrêté fin 2016, par lassitude. La dernière année, ça me rendait vraiment malheureux de gagner ma vie comme ça.

Votre chaîne Twitch dédiée à Magic existe depuis huit ans. Pourquoi avoir créé ce média ?

Je voulais revenir à Magic mais sans la pression de devoir gagner des tournois pour en vivre. Quand j’ai décidé de streamer à propos du jeu, je me suis donné six mois pour voir si c’était viable. Et ça fait huit ans maintenant… Je continue à faire quelques tournois, c’est un bonus si ça se passe bien. Mais en tant que créateur de contenus, il faut produire. Plus on fait de lives, plus on reçoit de vues, il n’y a pas de secret. Donc la chaîne me prend presque tout mon temps.

Il y a vingt ans, vous étiez le « joueur de l’année » du Pro Tour Magic. Êtes-vous nostalgique de cette époque ?

Pas vraiment. À Magic, le côté compétitif c’est peut-être 10 % des joueurs. Le nouveau format Commander lancé il y a dix ans a eu du succès parmi les joueurs casual. Pour 90 % des joueurs, Magic n’est pas un jeu de tournois… Et puis le pro tour n’est plus aussi prestigieux aujourd’hui. Aux débuts de Magic, la compétition, c’était là qu’était vraiment le public du jeu. Aujourd’hui, l’éditeur de Magic considère qu’ils n’ont plus besoin de la scène compétitive pour exister et faire vivre le jeu, donc il ne pousse pas dans cette direction. Moi je pense que tout peut coexister. Le jeu casual et le jeu compétitif.

La scène compétitive Magic a-t-elle toujours un intérêt à vos yeux ?

Oui. Pour les joueurs pros, comme Magic est toujours un bon jeu, c’est intéressant. Et pour les joueurs casual, c’est bien de savoir que ça existe. Si un joueur devient trop fort pour son groupe d’amis, il a des tournois pour se frotter à de très bons joueurs.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les « vieux » joueurs Magic estiment parfois que le jeu a perdu de son attrait avec la multiplication des extensions. Alors, « c’était mieux avant » ?

La richesse de Magic, c’est sa longévité. Donc ça n’a pas de sens de dire « c’était mieux avant ». À une époque, Magic était le seul TCG donc c’était plus simple. Aujourd’hui il y a une forte concurrence avec énormément de TCG qui se lancent, dont certains vraiment très bien. Certains joueurs de Magic sont passés à Lorcana par exemple… La lassitude de certains vient parfois de la multiplication d’extensions : six par an, plus six « mini » extensions Commander. C’est à chacun de savoir gérer son « fomo » ( « fear of missing out », la crainte de passer à côté de quelque chose) et son budget…

L’autre critique faite à Magic est justement son prix…

On peut gagner, ou perdre beaucoup d’argent avec Magic. Certaines cartes atteignent des sommes folles à la revente. Moi, je ne spécule pas du tout, j’achète très peu de cartes, parce que je joue surtout en ligne. Je joue très peu en papier, je n’ai pas l’usage des cartes. Quand je joue en physique, je me fais prêter des cartes ou j’achète celles qui me manquent. C’est le côté stratégie qui m’a toujours plu et attiré, mais je sais que beaucoup de joueurs aiment l’aspect collection. J’ai un neveu qui a plein de cartes et qui ne connaît pas les règles…

Vous avez revendu vos anciennes cartes ou vous les avez données à votre neveu ?

J’en ai encore à moi dans des caisses… À mes débuts, j’ai gagné un tournoi dans une boutique. Le premier prix c’était une carte Lotus noir, aujourd’hui la plus rare et la plus chère du jeu. Je l’ai revendu immédiatement au magasin pour avoir 1.000 francs (150 euros environ) en bons d’achat dans le magasin… Mais je ne regrette pas, c’était ma vie.

Les jeunes joueurs de Magic d’aujourd’hui vous ressemblent ?

La moyenne d’âge est vieillissante à Magic, il y a de moins en moins de joueurs de moins de 18 ans. Et à la fois le public s’est diversifié, notamment avec les extensions thématiques, les formats de jeu moins complexes aussi. J’ai un copain qui s’y est mis avec l’extension Seigneur des anneaux parce qu’il aimait le design des cartes. Ma femme y est venue avec l’extension Final Fantasy, parce qu’elle est fan du jeu… Magic crée des cross overs avec toutes les licences de pop culture, des Tortues Ninja à Assassin’s Creed ou Transformers. Il y en a que ça dérange, moi je n’ai jamais trop été dans le lore. Ce qui m’intéresse, c’est ce que font les cartes.