Artemis II : le décollage historique vers la Lune marque le retour de l'humanité dans l'espace profond
Artemis II : décollage historique vers la Lune ce jeudi

Un moment historique pour l'exploration spatiale

Le grand jour est enfin arrivé. Plus d'un demi-siècle après la dernière mission Apollo en 1972, l'humanité s'apprête à effectuer un retour spectaculaire vers la Lune. La mégafusée SLS de la Nasa doit décoller ce jeudi 2 avril à 0 h 24 (heure française) depuis le pas de tir 39B du Centre spatial Kennedy en Floride, propulsant le vaisseau Orion et son équipage de quatre astronautes – trois Américains et un Canadien – pour un périple historique autour du satellite naturel de la Terre.

Un décollage crucial après des reports techniques

Après le faux départ de cet hiver, causé par une valve capricieuse et une fuite persistante d'hydrogène, l'Amérique et ses alliés retiennent leur souffle face à ce vol d'essai qui devrait définitivement briser le plafond de verre de l'orbite basse. Même si Artemis II, rappelons-le, ne se posera pas sur la surface lunaire, elle emmènera ses quatre passagers 7 400 kilomètres au-delà de la face cachée de la Lune, plus loin dans l'espace profond qu'aucun humain avant eux.

Une course spatiale relancée face à la Chine

Un record de distance dont la portée est bien plus que symbolique. Les États-Unis sont aujourd'hui engagés dans une véritable « deuxième course à l'espace » face à la Chine, qui ambitionne d'envoyer ses propres taïkonautes au pôle Sud lunaire avant 2030. Sous cette pression géopolitique colossale, le nouvel administrateur de la Nasa a d'ailleurs provoqué une onde de choc fin mars en sacrifiant le projet de station orbitale Gateway pour réorienter 20 milliards de dollars vers la construction urgente d'un camp de base à la surface.

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La sécurité de l'équipage : priorité absolue

Si la Nasa affiche ses ambitions avec ce coup d'accélérateur dans le programme lunaire Artemis, la sécurité de l'équipage demeure l'obsession numéro un. Pour ce premier vol d'essai habité, le vaisseau Orion sera donc inséré sur une trajectoire dite de « retour libre ». Sous ce jargon technique se cache une manœuvre balistique aussi élégante que vitale : elle utilise le champ de gravité de la Terre et de la Lune pour permettre au vaisseau de revenir de lui-même à son point de départ.

Concrètement, après avoir contourné la Lune en dessinant un immense huit dans l'espace, la capsule sera naturellement happée par la force gravitationnelle de la Terre, y compris sans la moindre impulsion motrice. De sorte que si une panne critique devait paralyser la propulsion principale du vaisseau à des centaines de milliers de kilomètres de notre planète, cet itinéraire garantirait malgré tout le retour de l'équipage à bon port.

Le défi du pilotage manuel sans assistance

Mais avant de s'élancer sur cette autoroute céleste, l'équipage devra d'abord prouver qu'il maîtrise parfaitement sa monture. Environ trois heures après le décollage, le commandant Reid Wiseman, vétéran de la Station spatiale internationale, et le pilote Victor Glover, premier Afro-Américain à s'aventurer vers la Lune, prendront les commandes manuelles du vaisseau de 30 tonnes. Leur mission : réaliser une démonstration d'opérations de proximité (« Prox Ops ») avec l'étage supérieur de la fusée (l'ICPS) dont ils viendront de se séparer.

Après s'en être éloigné d'une centaine de mètres, le vaisseau Orion fera demi-tour pour s'approcher à une dizaine de mètres seulement de sa cible. Une manœuvre d'autant plus vertigineuse que les astronautes ne disposeront d'aucun radar télémétrique pour évaluer la distance exacte qui les sépare de cet étage de fusée. Pour éviter la collision, ils devront s'en remettre uniquement à leur vision par les hublots, aux caméras, et à la taille apparente de leur cible.

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Un travail d'équipe millimétré

Comme l'a rappelé le commandant Wiseman, il s'agira d'un vrai travail d'équipe puisque, dans ce ballet millimétré, l'ingénieure Christina Koch, détentrice du record féminin du plus long vol spatial, supervisera les procédures d'urgence tandis que le pilote de chasse canadien Jeremy Hansen, tout premier non-Américain à viser la Lune, jouera la vigie, prêt à ordonner un repli au moindre problème. Ce test de haute voltige est indispensable pour garantir que les futurs équipages seront capables d'amarrer manuellement la capsule aux atterrisseurs lunaires lors des missions suivantes.

Le périple vers l'espace profond

Une fois cet exercice de haute précision accompli grâce aux petits propulseurs du vaisseau Orion, c'est le moteur principal situé sur son indispensable module de service européen qui entrera en scène. Recyclé de l'ancienne navette spatiale américaine, il délivrera une poussée massive de 2,7 tonnes, nécessaire pour arracher définitivement la capsule à l'orbite terrestre et la propulser vers la Lune, dans l'espace profond.

Après quoi, pendant leur transit de quatre jours vers notre satellite, les astronautes ne chômeront pas. L'espace confiné d'Orion servira de laboratoire pour valider les procédures des futures missions de longue durée. Le programme est millimétré :

  • Démonstration de réanimation médicale en microgravité
  • Test des combinaisons orange de survie pour les urgences de dépressurisation
  • Entretien musculaire quotidien sur le « Flywheel », un rameur miniature adapté à l'exiguïté de la capsule

Le silence radio de la face cachée

Le point d'orgue émotionnel de la mission surviendra au sixième jour. La capsule Orion frôlera alors la face cachée de la Lune, passant à une distance comprise entre 6 400 et 9 600 kilomètres de sa surface. À cet instant précis, le vaisseau passera derrière l'astre et sera physiquement masqué : un silence radio absolu de 30 à 50 minutes coupera les astronautes de la Terre.

Livrés à eux-mêmes dans ce vide sidéral, ils auront le privilège d'observer et de photographier des paysages inédits, que les missions Apollo n'ont jamais pu éclairer de cette manière. C'est également lors de cette boucle gravitationnelle qu'ils battront le record absolu d'éloignement pour des êtres humains, à très exactement 406 840 kilomètres de notre planète, détrônant l'équipage d'Apollo 13 de près de 6 670 kilomètres.

L'épreuve ultime du retour sur Terre

Mais l'heure de vérité de la mission Artemis II interviendra au dixième et dernier jour, lors de son retour sur Terre. Pour l'équipage, l'enjeu est vital, d'autant qu'un spectre hante encore la Nasa : lors du précédent vol à vide (Artemis I) en décembre 2022, le bouclier thermique de la capsule avait subi une dégradation inattendue et des pertes de matière.

Or, la capsule Orion percutera l'atmosphère terrestre à la vitesse vertigineuse de 40 233 km/h. Le bouclier thermique du vaisseau devra endurer des températures infernales atteignant 2 760 °C, transformant l'habitacle en une véritable boule de feu.

Si la capsule résiste à ce mur de chaleur, une séquence extrêmement complexe de onze parachutes se déploiera pour freiner sa chute. L'objectif est de faire passer le vaisseau d'une vitesse supersonique à moins de 27 km/h pour garantir un amerrissage en douceur dans l'océan Pacifique, au large de San Diego, où la marine américaine les attendra de pied ferme.