Un jour historique pour la conquête spatiale française
Le 9 avril 1968 restera gravé dans les annales de l'astronautique française. Ce jour-là, à 10 heures locales (14 heures à Paris), une fusée Véronique AGI s'élançait avec succès depuis le tout nouveau Centre spatial guyanais de Kourou. Cet événement constituait une réussite complète, tant sur le plan technique que logistique, ouvrant la voie à une ère prometteuse pour la France dans le domaine spatial.
Un vol technique aux performances remarquables
La mission avait pour objectif principal de vérifier le bon fonctionnement des installations de la base guyanaise, ainsi que le système de récupération de la pointe de la fusée après un tir réel. La Véronique AGI a parfaitement rempli son rôle, atteignant une altitude impressionnante de 113 kilomètres lors d'un vol total de 12 minutes.
Le déroulement du vol s'est effectué en plusieurs phases distinctes :
- 45 secondes de propulsion active
- 3 minutes de vol freiné par parachute
- Une retombée en mer à 30 kilomètres au nord de Kourou
Une récupération méthodique et efficace
Les moyens déployés pour la récupération de l'engin spatial étaient considérables et ont parfaitement fonctionné. Un bateau, un avion et des hommes-grenouilles (plongeurs) ont été mobilisés pour cette opération délicate. Le contact par radio-balise a été établi pendant la descente de la pointe, tandis que le repérage aérien a eu lieu seulement vingt minutes après l'impact en mer.
Le bateau est arrivé en vue de la pointe deux heures après sa chute, permettant aux plongeurs d'effectuer les opérations de repêchage. L'engin devait ainsi regagner le Centre Spatial Guyanais dans la soirée même du lancement, confirmant le succès complet de cette première mission.
Une technologie française de pointe
La fusée Véronique AGI représentait le fruit d'une collaboration technique exemplaire. Construite par l'atelier de construction de Tarbes en partenariat avec le laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques de Vernon, elle était propulsée par un moteur innovant alimenté en acide nitrique et en essence de térébenthine.
Cette réussite technique venait couronner des années de développement et de tests, dont certains avaient été réalisés en Algérie autour de 1962, comme en témoignent les archives photographiques de l'époque.
Les fondations d'une ambition spatiale durable
Ce lancement réussi du 9 avril 1968 a validé de manière concrète les installations du Centre spatial guyanais, confirmant son potentiel exceptionnel. À terme, grâce à cette base stratégiquement située près de l'équateur, la France allait effectivement posséder un champ de tir unique au monde, ouvrant la voie à des décennies d'exploration spatiale et de lancements commerciaux.
Cette première mission guyanaise marquait ainsi un tournant décisif dans l'histoire spatiale française, démontrant la capacité du pays à maîtriser les technologies les plus avancées et à se positionner comme un acteur majeur de la conquête spatiale internationale.



