Un homme bionique à Béziers
Patrick Rey, 63 ans, vit depuis dix-huit mois avec un cœur artificiel Carmat, une prothèse cardiaque développée par la société française Carmat. Implanté le 23 janvier 2024 au CHU de Montpellier, il est l'un des deux patients greffés dans cet établissement dans le cadre de l'étude Eficas. Aujourd'hui, il raconte son quotidien entre espoir et épreuves.
Un diagnostic sans appel
Le 21 juillet 2023, Patrick Rey et son épouse Annie apprennent que son cœur, affaibli par un infarctus en 2011 et un double pontage, est en fin de vie. Le Dr Pascal Battistella leur annonce : "Monsieur Rey, vous êtes en train de mourir à petit feu." Le couple ressort sonné, le trajet de retour se fait dans un silence total. Marie Rey, son épouse, tient un journal de bord pour raconter cette année au bord du gouffre.
Une prothèse qui bat comme un métronome
Depuis son retour à Béziers le 20 août 2024, après 227 jours d'hospitalisation, la maison vit au rythme des 103 à 105 pulsations par minute de la prothèse. Surnommée "Gabriel", elle émet un bruit comparable à un aboiement étouffé. À côté de la porte, une valise contient un double du dispositif en cas de panne. Des batteries sont alignées sur le buffet, et des câbles relient l'abdomen de Patrick à l'ordinateur de bord. "Si je débranche, je suis mort", confie-t-il.
Une convalescence semée d'embûches
Les mois qui ont suivi l'intervention ont été marqués par des complications : septicémie, pneumopathie, infection, défaillance rénale et hépatique, atteinte du nerf releveur du pied droit. Les premières sorties ont été plombées par des alarmes annonçant des dysfonctionnements potentiellement mortels. Marie Rey raconte le yo-yo émotionnel : 128 jours de réanimation et 227 jours d'hospitalisation au total. "Écrire m'a libérée", explique-t-elle.
La dialyse, un combat quotidien
Depuis l'implantation, les reins de Patrick Rey ne fonctionnent plus en raison d'une complication rare. Il doit se rendre trois fois par semaine à Montpellier pour des séances de dialyse, un trajet épuisant d'une heure et demie. Pourtant, un centre de dialyse à Béziers, à seulement quinze minutes de son domicile, refuse de le prendre en charge. Le Pr Philippe Gaudard, coordonnateur de l'étude Eficas, qualifie cette situation d'"aberrante sur le plan humain, écologique et économique". Il assure que l'équipe de Carmat a proposé de former le personnel, mais la peur persiste.
Un espoir malgré tout
Patrick Rey se rapproche du record de longévité avec le dispositif, actuellement de vingt-cinq mois. Il n'est pas candidat à une greffe cardiaque en raison d'une pression pulmonaire trop élevée. Mais il reste philosophe : "Il y a plus grave que moi." Son épouse Marie, pilier du couple, confie : "Chaque seconde qui passe est une seconde gagnée pour lui, pour moi, c'est une seconde perdue." Patrick résume : "Je suis dans ma deuxième vie."



