Arthur Mensch, 33 ans, ne quitte plus son costume sombre et sa cravate. Tout juste conserve-t-il ses cheveux ébouriffés et son sourire crispé. Le chercheur, aujourd'hui patron, s'est imposé comme l'incarnation de l'intelligence artificielle (IA) made in France, et multiplie désormais les rencontres à Paris, Londres, Berlin, New Delhi… avec Emmanuel Macron, Jensen Huang, dirigeant du leader des puces Nvidia, ou Christian Klein, PDG de l'entreprise de logiciels SAP. Un focus « 100 % business », comme l'indique son équipe, pour un jeune homme devenu chevalier blanc de l'IA ouverte et souveraine, le seul en Europe qui serait en mesure – à ce jour – de concurrencer les géants américains et chinois.
Une ascension fulgurante
« Nous pensons possible de faire émerger un acteur indépendant et européen [capable de] rivaliser avec OpenAI [maison mère de ChatGPT, NDLR] ou Google », expliquait-il dans « le Monde » début 2024, quelques mois après la création de Mistral. Sa start-up ne joue pas tout à fait dans la même catégorie que les monstres américains, mais elle est déjà la plus valorisée de France, à 11,7 milliards d'euros, propulsant son cofondateur au rang de plus jeune milliardaire du pays !
Une réussite pas nécessairement voulue par ce pragmatique, bien plus intéressé par la recherche scientifique et les entrailles informatiques de l'IA que par son compte en banque. D'ailleurs, Mensch a surpris son monde lors d'un JT de France 2, lorsque, en plein débat sur la taxe Zucman, qui prévoit une contribution exceptionnelle sur les grandes fortunes, il a pris position en faveur d'une régulation plus stricte de la tech.
Un parcours hors norme
Ancien élève de l'École polytechnique et de l'ENS, Arthur Mensch a travaillé chez Google DeepMind avant de cofonder Mistral AI en 2023. Sa vision : développer une intelligence artificielle transparente, ouverte et souveraine, loin des modèles opaques des géants américains. « Je ne voulais pas développer une technologie opaque au sein d’un géant de la tech », confie-t-il. Cette philosophie séduit les investisseurs et les pouvoirs publics, qui voient en lui le champion européen de l'IA.
Aujourd'hui, Mistral AI compte parmi ses clients des entreprises comme Orange, Airbus et BNP Paribas. La start-up prépare également une levée de fonds record pour accélérer son déploiement international. Mais Arthur Mensch reste modeste : « Nous n'avons pas encore gagné. La route est longue. »
Ce portrait fait partie de la série « Les 50 qui vont faire demain », qui explore les figures émergentes de la société française. Prochains épisodes : Alice de Rochechouart, philosophe qui politise les privilèges ; Nastasia Hadjadji, critique de la tech ; Moussa Camara, entrepreneur solidaire. Restez connectés.



