Enzo Cantreau : du fauteuil roulant au volant d'un kart, un parcours hors norme
Enzo Cantreau, pilote de karting originaire de Magescq dans les Landes, incarne une résilience exceptionnelle. Handicapé depuis l'été 2018 après qu'une vague lui a brisé une vertèbre cervicale sur une plage de Vieux-Boucau, ce jeune homme de 29 ans défie aujourd'hui les pronostics médicaux les plus pessimistes. Alors que les médecins lui prédisaient une vie en fauteuil roulant avec assistance permanente, il prépare désormais sa participation au championnat de France handikart sur le circuit du Mans.
L'accident qui a tout changé
Tout a basculé le 3 août 2018 en fin d'après-midi. « On jouait aux raquettes. J'ai couru pour plonger dans une vague. J'ai tapé le sable », raconte Enzo. Le choc avec un rouleau de bord a provoqué une fracture nette d'une vertèbre cervicale chez ce Landais qui ne rêvait alors que de voyages. Évacué en hélicoptère vers l'hôpital Pellegrin, le diagnostic est sans appel : tétraplégie incomplète. « Je ne sentais plus rien au-dessous des épaules », se souvient-il.
L'arthrodèse réalisée pour consolider son cou semblait sceller son destin. Mais Enzo, devenu orphelin de père peu avant l'accident, a refusé cette fatalité. Là où la médecine voyait une fin, il a perçu un nouveau départ. « Quand j'ai quitté Pellegrin pour La Tour de Gassies, je me suis fixé pour objectif de quitter ce centre de rééducation en marchant », confie-t-il.
Le long chemin de la rééducation
Contre toute attente, après plusieurs mois de kinésithérapie intensive, un déclic survient : « une sensation, au niveau de l'aine ». Enzo retrouve progressivement l'usage de ses jambes, mais la blessure a laissé des séquelles importantes. « Au bout d'une centaine de mètres à pied, ça devient difficile pour moi. Mon côté droit répond moins vite que le gauche. J'ai de la spasticité imprévue », explique-t-il, précisant que sa démarche reste claudicante.
Au-delà des soins médicaux conventionnels, Enzo attribue sa progression à des méthodes complémentaires : « les méditations, l'imagerie mentale et la volonté de faire passer de l'énergie positive dans mon corps ». Cette approche holistique lui a permis d'avancer sur ce qu'il décrit comme « un chemin de croix » personnel.
« Beaucoup de personnes ne croient pas que je suis handicapé. Parce que pour eux, il manque le fauteuil »Pour maintenir ses capacités, Enzo suit un programme d'entraînement rigoureux : kinésithérapie « avec Marc, deux à trois fois par semaine » et salle de sport « tous les jours ». Devenu adepte de la trottinette électrique pour ses déplacements urbains, sa vie a trouvé une nouvelle accélération grâce au karting.
La renaissance par le karting
La découverte du karting s'est produite lors d'un séjour avec l'association Comme les autres, à l'été 2019, peu après sa sortie de rééducation. « Ma grande chance, c'est que je n'ai pas besoin d'un modèle adapté pour piloter un kart », souligne Enzo. La proximité du karting de Magescq lui a permis de retrouver dans le vrombissement des moteurs une liberté que l'océan lui avait ravie.
Avec son kart de 32 chevaux, capable de « dépasser les 115 kilomètres par heure au bout de la ligne droite » de la piste magescquoise, Enzo a désormais un objectif précis : participer au championnat de France d'handikart qui se tiendra sur le circuit du Mans du 17 au 20 septembre prochain.
Un projet qui dépasse la compétition
Pour Enzo, s'aligner sur la ligne de départ n'est pas une simple lubie. Mais le sport mécanique reste « une passion exigeante et onéreuse ». Le pilote lance donc un appel aux dons pour réunir « la dizaine de milliers d'euros » nécessaire à une préparation optimale de l'épreuve.
Son ambition va cependant bien au-delà de son propre destin. Enzo souhaite promouvoir la pratique du karting handi, « très peu connue en France, malgré des modèles accessibles aux personnes à mobilité réduite ». Cette volonté s'est concrétisée par la création de l'association Andso racing, dont le nom fait référence à l'expression anglophone « disabled, and so ? » (handicapé, et alors ?).
Déjà remarquée par les clubs services de Dax, cette association vise à démocratiser la discipline et à changer le regard sur le handicap. Enzo Cantreau ne court pas après son passé, il fonce vers un avenir qu'il a lui-même dessiné, avec la fureur de vivre de ceux qui savent que chaque seconde est une grâce conquise sur la fatalité.



