L'UBB défie Toulouse sur son terrain : la passe après contact devient une arme girondine
UBB vs Toulouse : la passe après contact, nouvelle arme bordelaise

L'UBB s'approprie la passe après contact, longtemps domaine réservé toulousain

Longtemps considérée comme une spécificité toulousaine, la passe après contact est désormais très utilisée par une UBB toujours plus en quête de vitesse dans le jeu. La marque est même déposée par le club toulousain, avec le slogan « Jeu de main, jeu de Toulousains » brodé à l'intérieur du col de leur maillot. N'en déplaise aux autorités de la propriété intellectuelle, les Bordelais semblent s'être mis en tête de contester cette appellation d'origine contrôlée.

Une arme décisive contre Leicester

Conséquence logique de la frénésie de jeu qu'elle s'applique à entretenir, l'UBB est l'une des équipes qui multiplient le plus de passes, notamment celles effectuées après contact. La qualification des coéquipiers de Matthieu Jalibert aux dépens de Leicester, à l'issue du huitième de finale de Champions Cup, en a fourni un nouvel exemple éclatant. Les 27 offloads réussis ne sont pas pour rien dans la manière dont les Anglais ont littéralement explosé (64-14).

« Je crois qu'il y avait déjà 11 offloads au bout de 30 minutes », a soufflé Geoff Parling, l'entraîneur de Leicester, avant d'ajouter : « la moyenne en Premiership est à 9 par match… » Son capitaine, Hanro Liebenberg, a confié en avoir été lui aussi étourdi : « On a eu le sentiment de perdre le momentum simplement parce qu'ils réussissaient leurs offloads. »

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Une stratégie réfléchie et non cosmétique

Ce geste est parfois spectaculaire, voire esthétique. Mais cette prise de risque n'a pas été uniquement cosmétique pour les Bordelais. Comme pour tous ceux qui l'adoptent, elle vise à accélérer le jeu en s'évitant au maximum des passages au sol susceptibles de permettre aux défenses de se réorganiser.

« On avait décidé de jouer les duels et, quand on réussirait à sortir les épaules, on aurait des opportunités pour jouer derrière », a expliqué le demi de mêlée Maxime Lucu. « Contre des équipes comme ça, il faut jouer dans leur dos. Le offload est une bonne arme pour ça. Par moments, c'est passé très juste, c'était un peu acrobatique, mais les intentions étaient bonnes et ça nous a souri. »

Le poids des individualités bordelaises

Si l'UBB s'est effectivement adaptée aux spécificités de son adversaire du jour, ce match n'a rien d'un épiphénomène. Avec respectivement 13 et 12 offloads réalisés dans cette édition de la Champions Cup, Damian Penaud et Matthieu Jalibert sont d'ailleurs les deux éléments à en avoir le plus réussis.

Cette propension est évidemment d'abord la conséquence de leurs caractéristiques respectives :

  • Joueur puissant et rapide, Damian Penaud sait aller chercher les zones dites faibles dans les défenses. Son repositionnement au centre n'a fait qu'aiguiser cette appétence, c'est d'ailleurs lui qui réalise le plus de passes après contact par match (3) en Top 14.
  • Ouvreur de rupture, Matthieu Jalibert ne cesse quant à lui de solliciter les défenseurs adverses. Contre Leicester, il en a fait une nouvelle fois la démonstration avec 23 courses et cinq percées, soit les deux données les plus élevées pour un 10 depuis le début des relevés Opta.

La supériorité systémique toulousaine

Ces deux éléments pèsent pour beaucoup dans les statistiques qu'affiche l'UBB en la matière. Ils lui permettent de rivaliser avec les maîtres autoproclamés. Mais sur le temps long, incarné par le Top 14 plus que par la si dynamique Champions Cup, le Stade Toulousain reste l'équipe à comptabiliser le plus de offloads (271), une courte longueur devant l'UBB (257) et nettement devant Clermont (212).

L'usage de ce geste est plus systémique à Toulouse : d'Antoine Dupont à Jack Willis, en passant par Julien Marchand, Santiago Chocobares ou Kalvin Gourgues, ils sont les plus nombreux à en réaliser en championnat.

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Une confrontation stratégique annoncée

À l'heure où ces deux équipes vont s'affronter, faut-il pour autant s'attendre à recenser une orgie de passes après contact ? Ce n'est pas si sûr selon Noel McNamara, en charge de l'attaque girondine : « Le rugby, c'est un jeu où on cherche l'espace. Parfois, il est sur la largeur, parfois il faut qu'on trouve une autre solution. »

À la lumière de cette analyse, on peut comprendre que le chemin le plus évident ne sera pas nécessairement dans l'axe face à une formation à la densité aussi éprouvée que le Stade Toulousain. Mais pour réaliser (légèrement) plus de passes que son prochain adversaire dans cette compétition (271 contre 257), l'UBB a déjà démontré qu'elle savait utiliser toutes les voies et que la passe après contact n'est plus l'exclusivité toulousaine qu'elle fut longtemps.