La psychologie du sport au chevet du Stade Montois
Début décembre, la situation était critique pour le Stade Montois. À peine remis d'une lourde défaite face à son rival dacquois (68-14) le 28 novembre, le club landais traversait une spirale préoccupante. Le président Jean-Robert Cazeaux annonçait alors dans les colonnes de Sud Ouest l'arrivée imminente d'un nouvel entraîneur et d'une spécialiste en psychologie du sport. Si le premier ne viendra jamais, la seconde, Manon Eluère, posera ses valises quelques jours plus tard pour une immersion d'une semaine dans la préfecture landaise.
Une approche scientifique des dynamiques de groupe
Présentée à tort comme simple « psychologue », cette Bretonne trentenaire installée à Lyon se définit plutôt comme « analyste des dynamiques de groupe ». Ancienne membre du staff des footballeuses lyonnaises octuples championnes d'Europe, elle collabore également avec les féminines de Chelsea. D'emblée, elle précise son rôle : « Je ne viens sauver personne. Si on m'appelle avec cet objectif-là, cela ne sert à rien », affirme-t-elle. Son approche est méthodique et scientifique, basée sur l'analyse de données concrètes.
« Mon but, c'est de faire de la prise de conscience », explique Manon Eluère. « La majorité de mon travail s'adresse aux staffs, pour qu'ils analysent plus finement certaines situations, qu'ils identifient des personnes ou des priorités dans le fonctionnement de l'équipe. » Sollicitée par Romain Mareuil qui l'avait rencontrée lors d'une formation rugby, elle présente sa méthode comme un outil pour « pallier la fragilité mentale dans le groupe » en faisant émerger des leaders parfois insoupçonnés.
Redéfinir le leadership grâce aux données
« Dans le rugby, cette notion de leadership est plus forte que dans le football », observe la spécialiste, qui axe son travail sur « la dimension collective du mental ». Mais elle nuance : « Cela peut aussi nous enfermer dans un rôle. Le leadership se trouve peut-être ailleurs que dans le meilleur joueur sur le terrain. »
Face à des joueurs « réceptifs » et un staff « toujours en quête de solutions », Manon Eluère a observé, interrogé, analysé pendant sa semaine d'immersion. À l'aide de questionnaires et de cartographies, elle a retranscrit ses données « sur les structures de leadership ». Ses conclusions sont éclairantes : « On s'est rendu compte qu'il y avait des ressources et que l'équipe ne manquait pas de leadership. Mais il fallait mieux l'organiser, mieux le structurer. »
Un redressement spectaculaire en quatre mois
Les résultats ne se sont pas fait attendre. Quatre mois après l'intervention de la psychologue du sport, le Stade Montois présente un bilan radicalement différent. Invaincus à domicile depuis décembre, les joueurs se sont lancés vers leur objectif de maintien en Pro D2 avec une détermination retrouvée. L'équipe qui traînait sa peine sur les terrains entre septembre et novembre n'a plus rien à voir avec celle qui évolue désormais.
Manon Eluère reste humble face à ce succès : « Il y a eu d'autres facteurs dans cette réussite. Avoir ces données en face a peut-être provoqué un déclic et a permis de responsabiliser les joueurs. » Le staff a effectivement mis en place de nouveaux processus, impliquant davantage les joueurs dans le fonctionnement de l'équipe. « Si les joueurs s'en sont emparés, c'est tout à leur honneur », ajoute-t-elle.
Interrogée sur sa surprise face à cette réaction collective, elle répond : « Oui et non, ce n'était pas peine perdue. Ils avaient besoin de clarté, cela leur en a apporté. Plus que de la surprise, je suis vraiment contente pour eux. » Il ne reste plus que quatre matchs pour que sa mission soit pleinement accomplie, mais le plus difficile semble déjà derrière le club landais.



