Peio Dospital et Sireli Maqala : une famille unie par le rugby et les cultures basque-fidjienne
Peio Dospital et Sireli Maqala : rugby et cultures unies

Une famille improbable unie par le rugby et l'amour

L'un est un ancien pilier international français des années 1970-1980, rugueux comme une txulet (côte de bœuf en basque) oubliée sur la plancha. L'autre est un trois-quarts fidjien aussi insaisissable qu'une anguille à marée montante. Le volubile Peio Dospital, 74 ans, et le discret Sireli Maqala, 25 ans, n'étaient pas faits pour se rencontrer. Iduzki, fille du premier et compagne du second, a créé ce lien improbable.

Waisea : le trait d'union entre deux cultures

Le couple a récemment accueilli un nouveau membre : Waisea, né le 12 janvier dernier. À la maison, c'est Iduzki qui choisit les prénoms. Sireli poussait pour un patronyme fidjien, elle voulait une consonance basque. « J'ai regardé sur Google tous les prénoms fidjiens, raconte la maman de 22 ans. Avant de savoir si c'était une fille ou un garçon, on avait dit que si c'était un garçon, ce serait Waisea. Ça sonnait bien. Et il ne fallait pas que ce soit hyper-compliqué pour l'école. »

Peio, l'ancien pilier, s'adapte plutôt bien à ce prénom mixte. « Si tu enlèves le "W", ça fait "aisea". C'est la facilité, en basque. Ça ressemble aussi à "haizea", le vent. » Iduzki raille gentiment : « Ah, c'est sûr que si tu changes complètement le prénom, c'est un mot basque. »

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Le choc des cultures culinaires

Peio Dospital et Sireli Maqala, c'est la rencontre du troisième type. Le rugueux pilier des années 1970-1980 et le trois-quarts électrique du XXIe siècle. Le choc des cultures se manifeste aussi dans l'assiette. « Ah, le tripotx, il n'aime pas trop », dit en souriant le natif d'Itxassou.

Le Fidjien préfère le curry de poisson de sa mère et le lovo, une spécialité culinaire de son pays. « Ils creusent un trou dans leur jardin et mettent toutes sortes de viandes dans des feuilles de bananier ou dans de l'alu, raconte Iduzki. Puis ils recouvrent le trou et font le feu au-dessus. Ça cuit pendant des heures en dessous. C'est un peu particulier mais très bon. En revanche, tu finis avec un trou dans ton jardin… »

De la chaleur des Fidji au froid basque

Iduzki signifie « soleil » en basque. Celui des Fidji est un peu trop brûlant pour elle. En décembre, il peut faire jusqu'à 40 °C à Labasa, ville natale de Sireli. Elle l'a éprouvé en 2023 lors d'un séjour. « Un coin paradisiaque qui te donne envie d'avoir une maison là-bas », même si elle passait le plus clair de son temps ventilateur à la main.

Sireli, lui, s'est gelé à son arrivée en France en novembre 2021, médaille d'or olympique de rugby à 7 conquise à Tokyo autour du cou. Peio compare : « Boh, avec l'équipe de France, on avait été au Canada, il faisait moins 45 °C et j'étais dehors en chemise ! Ici, à moins 5 °C, il fait plus froid que là-bas à moins 40 °C. C'est incroyable. »

La barrière de la langue et l'amour du rugby

Cinquante ans séparent Peio de Sireli. Le trait d'union se nomme Iduzki. Et le rugby. Celui de « Doxpi » se jouait en coton épais, sans GPS dans le dos. « Le rugby n'est plus du tout le même, s'emporte l'ex-Bleu aux 27 sélections. Des fautes, des fautes, des fautes, de la vidéo… On va devenir comme le foot trrrrrès vite. »

Mais Maqala est exempté de critiques. « Lui, au contraire, il est vaillant. Il a pris un mec dans la gueule, il s'est cassé le nez et il a continué à jouer. » Adoubé par la famille.

Peio a un regret : ne pas pouvoir échanger avec son gendre. Sireli peine avec son français. Lui parle basque et pas un mot d'anglais. « Ça me frustre parce qu'on causerait vachement de rugby. » Taquin, le Fidjien y voit un avantage. « Le plus dur, c'est ça, avoue Iduzki. Il ne s'arrête jamais. »

Des traditions qui se rencontrent

Maqala a tenté d'initier Peio au kava, boisson traditionnelle fidjienne. L'expérience n'a pas soulevé le pilier du comptoir. « C'est de la tisane. » Sireli rit. Iduzki traduit et partage : « J'en ai bu pendant ma grossesse. Les Fidjiens me disaient : "Si tu bois du kava, ton bébé dormira." Waisea fait ses nuits. »

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Les deux cultures partagent pourtant des points communs. « Au Fidji et au Pays basque, on a des cultures identitaires très fortes, juge Doxpi, chanteur du chœur basque Hak'Amarra. L'autre jour, une dizaine de Fidjiens étaient là, chez eux, à Mouguerre. J'ai écouté un chant. C'était magnifique. »

La vie de famille et les défis du rugby moderne

Iduzki a appris à gérer la pression des supporters, d'abord avec son père. « Quand j'avais 10 ou 11 ans, il y avait eu un épisode de possible fusion entre l'Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique. Les gens insultaient Aita. Je me souviens qu'il avait attrapé un mec par le colback en lui disant : "Ta gueule ou je t'en colle une." »

Elle a récemment découvert les mauvais côtés des réseaux sociaux. « Des supporters bayonnais me traitaient de poison parce qu'ils pensaient que je faisais tout pour que Sireli parte au Racing. » Finalement, Maqala a prolongé à l'Aviron jusqu'en 2027, non sans avoir hésité à partir à l'UBB.

Le couple a pris une décision importante : ne pas afficher Waisea sur les réseaux sociaux, de peur qu'une éventuelle baisse de performance du joueur ne retombe sur le petit. « Quand tu es un peu dans le creux de la vague, tu as intérêt à remonter vite, parce que, si c'est Belharra qui te prend, tu vas ressortir déchiqueté », image Peio.

Que les supporters bayonnais se rassurent : même s'ils se sont rencontrés en boîte de nuit à Biarritz, la fusion d'Iduzki et de Sireli est toute personnelle. Et le numéro 13 continuera d'affoler les compteurs sous la tunique de l'Aviron. D'ailleurs, s'il est si bon, c'est qu'il a un secret. « Mes croque-monsieur », révèle Christine, la femme de Peio. L'œil du Fidjien s'illumine. Peio ne valide pas : « C'est de la junk food, ça ! »