Pau affronte Bordeaux dans un duel de spécialistes de la touche
Ce dimanche soir au Hameau (21h05), l'alignement le plus efficace du Top 14, celui de la Section Paloise, se mesurera au meilleur contre du championnat, porté par l'Union Bordeaux Bègles. Cette confrontation promet d'être passionnante, car elle oppose deux philosophies différentes autour d'un secteur clé du jeu. À Pau, la touche est érigée en véritable science, gérée avec un management participatif unique qui implique directement les joueurs.
« Chez nous, c'est un peu la Nasa » : la touche comme passion dévorante
Thomas Choveau, l'entraîneur palois en charge de ce secteur, s'amuse des réactions extérieures. « Les autres nous disent parfois 'quand on vous entend parler, on a l'impression que vous êtes tous débiles' », confie-t-il. Pour lui, la science de la touche et la passion qu'elle engendre « est tout simplement une affaire de puriste ». Il compare même son groupe à la Nasa, soulignant le caractère technique et stratégique de leur travail.
Le flanker Loïc Crédoz illustre cette dévotion : « Sur mon portable, mon ordi, sur le canapé le soir, quand je regarde une série… J'ai souvent de la vidéo à côté. Parfois même jusqu'aux toilettes. » Cette implication dépasse le simple cadre professionnel pour devenir une véritable passion, partagée par l'ensemble du groupe.
Un management participatif qui responsabilise les joueurs
Le secret de l'efficacité paloise réside dans une approche collaborative. Thomas Choveau explique : « Je ne suis pas très directif, vertical, bien au contraire. Chaque semaine, deux joueurs préparent une stratégie pour le match qui arrive. Ils vont se concerter, s'envoyer des trucs. » L'entraîneur insiste sur le fait qu'il n'impose pas ses idées : « Ce n'est pas parce que j'ai le pouvoir décisionnaire que j'aurais le dernier mot. »
Cette méthode crée un environnement où les joueurs se sentent libres de s'exprimer. « Si ce n'est pas intéressant, ils sont à l'aise pour me dire 'on n'a pas envie de faire ça' », ajoute Choveau. Le deuxième ligne Thomas Jolmes, qui a connu d'autres clubs, témoigne : « Dans tous les clubs où je suis passé, je n'avais jamais été au contact des décisions comme c'est le cas à Pau. »
Un groupe de leaders challengé pour éviter la routine
Pour maintenir la dynamique, Thomas Choveau « challenge » régulièrement son groupe de leaders, composé de joueurs comme Auradou, Crédoz, Jolmes, Whitelock, Zégueur, Hewat et Paul. « Je les laisse partir sur une page blanche et veille juste à ce que le plan reste dans notre cahier des charges », précise l'entraîneur. Il se positionne comme une force de proposition, sans imposer de solutions toutes faites.
Cette approche renforce les complicités et l'investissement de chacun. « Quand on est chez nous et qu'on regarde le VI-Nations, on s'écrit souvent pour se dire, 't'as vu, ils ont fait ci, ils ont fait ça…' », raconte Choveau. Le lundi matin, autour d'un café, les discussions techniques se poursuivent après le visionnage des vidéos de l'adversaire.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
L'efficacité de ce système se traduit par des statistiques impressionnantes. La Section Paloise est l'équipe du Top 14 qui a perdu le moins de touches cette saison (32), loin devant Montpellier (38). Elle est également la deuxième, derrière La Rochelle, à en avoir gagné le plus (240 contre 239). Cette performance lui permet d'afficher l'alignement offensif le plus fiable du championnat, avec un taux de réussite de 88,2 %.
Face à elle, Bordeaux présente le meilleur contre du Top 14, avec 33 ballons volés contre 26 pour Pau. Les deux équipes disposent des sauteurs les plus efficaces de la division : Woki (1er, 68 prises) pour l'UBB et Auradou (2e, 65) pour Pau. Dans le top 3 des contreurs, on retrouve également le Parisien Paul Gabrillagues (1er, 15), le Bordelais (2e, 13) et le Palois (1er, 15).
Un duel à haute intensité technique
Ce match au Hameau s'annonce donc comme un affrontement tactique de premier ordre. D'un côté, Pau mise sur sa science participative et son alignement ultra-fiable. De l'autre, Bordeaux compte sur son contre redoutable pour perturber la mécanique paloise. La rencontre promet de mettre en lumière l'importance de la touche dans le rugby moderne, entre stratégie collective et passion individuelle.



