Loïc Crédoz, la métamorphose discrète d'un troisième ligne béarnais
Une bonne fée semble s'être véritablement penchée sur le berceau de Loïc Crédoz. Le joueur de rugby a été doté de capacités physiques exceptionnelles, bien au-delà de la moyenne, et d'une robustesse corporelle remarquable qui lui permet, selon son entraîneur Thomas Choveau, « de traverser les saisons exigeantes du Top 14 ». Les statistiques parlent d'elles-mêmes : 25 matchs sur 26 possibles la saison dernière, et déjà 15 sur 17 cette saison en cours.
De l'underdog d'Oyonnax au pilier incontournable de Pau
Arrivé à la Section Paloise en provenance d'Oyonnax, Loïc Crédoz débarquait dans une position de joueur de complément, presque d'underdog. À 26 ans, ce troisième ligne s'est métamorphosé en un flanker indéboulonnable, devenant même co-capitaine de touche d'une des équipes référentes du championnat dans ce secteur spécifique du jeu. « Je remercie déjà mon corps, qui n'est pas trop chiant avec moi », confie-t-il avec reconnaissance, tout en précisant qu'il le bichonne au quotidien.
Son entraîneur Thomas Choveau souligne cette rigueur : « Il optimise tout dans la préparation des matchs, son physique, dans tout ce qui est invisible ». Une discipline parfois mentalement coûteuse pour ce véritable épicurien qui avoue : « S'il faut faire la fête, je ne serais pas le dernier. Mais pendant la semaine, je mets beaucoup l'accent sur l'hygiène de vie. Même si ma copine doit faire attention à ne pas trop me resservir, et à cacher le fromage. Parce que quand je tombe sur l'Ossau-Iraty, c'est fini. »
L'intellectuel méthodique de l'alignement
Au pied des Pyrénées, Loïc Crédoz a bien plus développé que son appréciation du fromage de brebis. Il a perfectionné une méthodologie de travail rigoureuse et approfondi sa science de la touche, démontrant un QI rugby bien supérieur à la moyenne selon ses entraîneurs. « À ce niveau-là, on parle plus de passion que de travail », loue le technicien en charge de l'alignement palois.
Le joueur explique sa démarche : « Sur mon portable, sur mon ordi, sur le canapé, le soir, quand je regarde une série, et même quand je vais aux toilettes : je bouffe beaucoup de vidéo. J'ai aussi un pense-bête où je note tous les points clés du match, de la touche, toutes les semaines. J'apprends en écrivant et en lisant, pour que ça rentre bien. »
Ce bagage théorique fait toute la différence : « La touche est un secteur très vaste. Beaucoup d'équipes font des choses très différentes. J'essaye d'anticiper, de voir comment les mecs bougent, de prévoir les scénarios qui peuvent arriver en match, et quand c'est le cas, tout devient plus facile. »
Une ambition discrète pour l'équipe de France
Thomas Choveau ne serait « pas choqué s'il était appelé en équipe de France ». L'entraîneur argumente : « Sacha Zégueur a des qualités différentes de Loïc, mais il a réussi à faire les 42, et ils ont le même âge. Des fois, ils présélectionnent au mérite, pour avoir un panel de joueurs différents qu'ils initient au projet de jeu. Et entre la 25e et la 42e place, c'est assez ouvert. »
Le troisième ligne béarnais aborde cette perspective avec mesure : « C'est sûr que l'équipe de France est dans un coin de ma tête. Je rêve de chanter la Marseillaise. Quand je vois le nombre de mecs qu'il y a dans le groupe France chez nous, notre position en haut du tableau... »
Pour accéder à ce niveau, Crédoz cherche à augmenter sa visibilité : « J'ai envie de marquer plus, de me faire voir un peu plus sur des actions phares, franches. Parce qu'au-dessus, ça se verra peut-être aussi. » Son entraîneur tempère : « Loïc fait un travail de l'ombre très important. J'ose espérer qu'un sélectionneur passerait outre ce petit 'highlight' qu'il recherche. Il y a par contre des secteurs de jeu où il peut et où il doit progresser, je pense au jeu au sol, aux contests. Les mecs qui grattent, on les voit plus dans les stats. En ce sens, cela pourrait l'aider. »
Malgré cette quête de reconnaissance, la sobriété efficace et marquante du flanker béarnais reste probablement sa meilleure publicité pour convaincre les sélectionneurs nationaux de lui offrir sa chance sous le maillot bleu.



