Les avants bordelais répondent présent face au géant toulousain
Dans un match de rugby, tout peut tenir à un détail, à une main fermement accrochée à un maillot adverse. À l'heure de jeu, alors que l'Union Bordeaux-Bègles ne mène que de quatre points et défend face à un maul toulousain dans ses 22 mètres, Julien Marchand tente de s'échapper vers l'extérieur, où les Toulousains ont des espaces disponibles. Malgré ses 110 kilos, il est retenu par... les doigts d'Adam Coleman qui ne lâche pas sa tunique. Ballon porté avorté, l'UBB se dégage et peut filer vers la victoire.
Une domination inattendue dans les combats
Cet exemple illustre à quel point les avants bordelais ont pris le dessus dans un match où on leur promettait l'enfer, face à un pack estampillé du XV de France avec six titulaires, agrémenté notamment d'un Jack Willis toujours présent. Ils s'en sont finalement sortis avec les honneurs, notamment dans le jeu au sol. « On savait que ça allait être un secteur prépondérant et on a été dominé, on n'a pas pu enchaîner, produire le jeu qu'on voulait », soulignait François Cros, fin connaisseur en la matière.
Des remplaçants décisifs et un hommage mérité
« Ce sont clairement le huit de devant et leurs remplaçants qui ont fait la différence, saluait Maxime Lucu. Ils ont été incroyables. Ils avaient coché ce match-là et ils ont répondu présent. Ils sont très vexés de ce qu'ils peuvent lire et entendre ces dernières années. S'ils sont sous-côtés ? Je pense, oui. On parle beaucoup des lignes arrières de Bordeaux, mais sans ce qu'il y a devant, on a du mal. Ils ont été grands. Si on passe en demie, c'est grâce à eux. »
L'hommage est appuyé. Il fait référence aux limites évoquées ces dernières saisons au sujet de cette UBB flamboyante mais pas toujours capable de rivaliser quand le niveau d'intensité s'élève vraiment devant. Les défaites face à La Rochelle en demi-finale du Top 14 2023, à Toulouse en finale l'année suivante, et même la dernière finale perdue l'an dernier contre ces mêmes Toulousains en ont été des illustrations.
Une préparation minutieuse et des renforts stratégiques
Le staff avait d'ailleurs défini son recrutement en conséquence pour cette saison. Le Springbok Jean-Luc du Preez a été freiné par des pépins physiques, mais les arrivées de Boris Palu et Cameron Woki, respectivement 20 et 21 titularisations, ont amené puissance et mobilité. La progression de Temo Matiu, elle, est impressionnante. Ces dernières semaines, face à Toulouse (44-20), à Lyon (17-21) et contre Leicester (64-14), le pack bordelais avait nettement monté le curseur.
La confiance retrouvée et l'impact du banc
« Si on devait être vexés à chaque fois qu'on entend que notre pack n'est pas digne de ce nom, on le serait toutes les semaines, souriait Maxime Lamothe. On a confiance en nous, on connaît notre valeur. On sait que quand on fait les choses dans l'ordre, on peut faire de grands matchs. Ça a été terrible dans les rucks, on était un peu en retard et acculé dans notre camp. À la mi-temps, on s'est dit que le soutien devait arriver une seconde plus tôt pour mettre notre jeu en place et ça nous a fait du bien. »
Le staff avait bien préparé son coup, avec Bochaton titulaire pour la deuxième fois de l'année seulement, pour amener de la mobilité (14 plaquages), et un banc très dense, où Ben Tameifuna et Matiu ont réussi des rentrées remarquables, et où Bastien Vergnes-Taillefer et Tiaan Jacobs ont prolongé le travail débuté par les titulaires, notamment Adam Coleman, omniprésent et infatigable.
Du retard à l'avance : le tournant du match
Trois points de retard avant le coaching, 15 d'avance au coup de sifflet final : « Le banc a fait la différence », insiste Shaun Sowerby, entraîneur des avants. Même si l'infériorité numérique a pesé sur les organismes toulousains. « Quand tu vois les noms sur le banc, tu sais qu'ils vont prendre des ballons, avancer, dominer au contact, confirme Lamothe. Ils nous ont fait un bien fou. » Et ont amené l'UBB sur la voie d'une demi-finale à domicile, prouvant que les avants bordelais sont désormais une force avec laquelle il faut compter.



