Le rugby, ce sport où l'arbitre porte toujours le chapeau des défaites douloureuses ?
Trois ans après les polémiques entourant Ben O'Keefe lors du quart de finale de la Coupe du monde contre les Springboks, les supporteurs anglais ont de nouveau exprimé leur colère samedi soir. La défaite du XV de la Rose face à la France, survenue au terme d'un match incroyablement serré, a ravivé les débats sur le rôle décisif de l'arbitrage dans ce sport.
Une décision "dérangeante" selon Borthwick
Sans verser dans l'excès, le sélectionneur anglais Steve Borthwick a publiquement souligné plusieurs décisions arbitrales qu'il a qualifiées de "dérangeantes". Il a même annoncé réfléchir à demander des éclaircissements officiels auprès de la fédération internationale de rugby. Cette réaction intervient après un match où chaque décision semblait peser d'un poids considérable sur le résultat final.
L'objet principal de son courroux ? Une pénalité pour plaquage haut sifflée à quarante-cinq mètres des poteaux, en plein axe, lors de la dernière possession française. Sur le moment, cette faute n'apparaissait pas évidente, ni en direct ni au ralenti. Le coffrage de Maro Itoje semblait pourtant tout à fait réglementaire aux yeux de nombreux observateurs.
Le mystère de la pénalité décisive
Faut-il y voir un cadeau improbable de l'arbitre géorgien Nika Amashukeli à l'équipe de France ? Dans un sport où la règle implicite veut souvent qu'on ne siffle que les fautes les plus flagrantes dans les dernières minutes, cette décision a surpris. La séquence où l'arbitre et le capitaine tricolore Antoine Dupont se sont disputés sur l'emplacement exact de la faute apporte un premier élément de réponse : Amashukeli a refusé de revenir sur sa décision initiale.
Il est très probable que l'arbitre central ait été alerté par le TMO, l'arbitre vidéo, concernant un plaquage haut qui se serait produit plus tôt dans l'action. En remontant le temps de jeu, on peut effectivement observer Yoram Moefana pris au niveau de la tête par un défenseur anglais, un fait de jeu passé inaperçu en direct. Reste à déterminer si cette action méritait réellement une pénalité, certains spécialistes évoquant également une intervention limite sur Brennan un peu plus tôt.
L'en-avant indiscutable d'Itoje
Pourtant, Thomas Ramos a finalement tiré la pénalité de l'autre côté du terrain. Pour quelle raison ? Pour un en-avant volontaire assez grossier de Maro Itoje sur une passe intérieure de Ramos destinée à Louis Bielle-Biarrey. Cette faute ne souffre d'aucune contestation possible, même si certains pourront toujours argumenter que le capitaine anglais n'aurait pas "coupé" l'action si la France n'avait pas déjà bénéficié d'un avantage en cours.
Deux autres décisions controversées
Pour être totalement honnête, deux autres décisions arbitrales ont pu alimenter le sentiment d'injustice du côté anglais. En fin de première mi-temps, le pilier droit Ellis Genge a été envoyé au vestiaire pour dix minutes après avoir écroulé un maul sur sa ligne, avec essai de pénalité en prime pour la France. Rien de scandaleux en apparence, sauf que les Bleus avaient commis exactement la même faute quelques minutes auparavant sans recevoir de carton jaune, l'Angleterre ayant tout de même marqué sur la suite de l'action.
Enfin, le dernier essai de Louis Bielle-Biarrey a également fait couler beaucoup d'encre outre-Manche. Au départ de l'action, les Anglais bénéficiaient d'un avantage après une mêlée franchement dominée et un en-avant qualifié de volontaire par l'arbitre de terrain. Mais ce dernier a sans doute été "démenti" par l'arbitre vidéo qui, après vérification, lui a indiqué via l'oreillette que François Cros n'avait fait aucun mouvement pour toucher le ballon. Il ne s'agissait donc pas d'une pénalité mais d'un simple avantage pour en-avant, par nature plus court. Malheureusement pour le XV de la Rose, Amashukeli a décidé que l'avantage était terminé quelques secondes seulement avant que les Bleus ne récupèrent le ballon et que Dupont n'envoie Bielle-Biarrey à l'essai.
Un débat qui dépasse les frontières
Steve Borthwick a ensuite mentionné la confusion entourant cet en-avant. Fin Smith a botté le ballon, croyant que l'Angleterre bénéficiait encore d'un avantage de pénalité, au moment même où Nika Amashukeli annonçait qu'il ne s'agissait que d'un en-avant et que l'avantage était terminé. Cette séquence a directement conduit à l'essai français décisif.
Bref, de quoi alimenter la frustration de l'autre côté de la Manche. Le rugby reste décidément ce sport où, après chaque défaite serrée, les regards se tournent immanquablement vers l'homme en noir. La polémique arbitrale, élément presque traditionnel du paysage rugbystique, trouve une nouvelle illustration dans ce match franco-anglais qui continuera de faire parler dans les jours à venir.



