Biarritz Olympique face à Agen : l'ombre de la relégation plane sur un vestiaire en crise
L'ombre menaçante de la relégation plane plus que jamais sur le stade Aguilera. Avec un effectif sévèrement décimé et un vestiaire gagné par une nervosité palpable, le Biarritz Olympique n'a désormais plus le moindre droit à l'erreur face à Agen ce jeudi soir à 21 heures. Le staff technique l'assume ouvertement : l'hypothèse d'un barrage de maintien est désormais clairement sur la table.
Une ambiance morose et des joueurs sous pression
La question se pose avec insistance : est-ce que les Biarrots vont mieux ? La réponse la plus simple et la plus directe est : pas vraiment. On avait quitté les joueurs du BO la tête basse, parfaitement conscients d'avoir réalisé la pire opération possible sur leur propre pelouse contre Nevers. Moins d'une semaine après cette défaite cuisante, l'ambiance générale reste profondément morose. Et pour cause évidente.
Biarritz pointe actuellement à la peu enviable 14e place au moment crucial de se rendre chez un candidat sérieux au top 6, à savoir Agen. Le tout avec des postes clés désertés ou presque, comme à l'ouverture ou à la pile droite. L'inquiétude est réelle et parfaitement justifiée. Une défaite sans bonus offensif et la perspective de voir les rouge et blanc devenir barragistes dès ce vendredi apparaît comme le scénario le plus envisageable.
« À minima, il faut absolument qu'on prenne un bonus défensif, c'est clairement l'objectif affiché et assumé. Ce n'est pas pour mettre une pression supplémentaire sur les épaules des joueurs, mais vu notre situation critique au classement, on se doit de prendre des points partout où c'est possible », constate avec réalisme Rémi Bonfils, l'entraîneur de la défense. À défaut de pression supplémentaire, ce dernier a fait significativement monter les décibels lors des entraînements cette semaine.
Des tensions palpables à l'entraînement
« L'ambiance est devenue plus pesante », reconnaissent plusieurs observateurs. Notamment lundi dernier, quand une situation de contre-attaque mal gérée a fait sortir l'entraîneur de ses gonds : « On reste des êtres humains, on ne calcule pas absolument tout. Il y avait une réelle frustration, de l'énervement légitime, et surtout l'envie profonde de réveiller les joueurs. Il fallait leur faire comprendre une bonne fois pour toutes qu'on ne s'en sortira qu'en prenant nos responsabilités collectives, en étant pleinement acteurs de notre destin. Défensivement, on est encore trop souvent en simple réaction, pas suffisamment proactifs. » Un constat sévère déjà dressé après les six essais encaissés contre Nevers.
Autre moment de tension révélateur, toujours ce ludi : un accrochage physique entre les deux demis de mêlée Imanol Biscay et Kerman Aurrekoetxea suite à un plaquage un peu trop appuyé du premier. « On en a discuté calmement après la fin de l'entraînement, je lui ai expliqué que je m'étais un peu emporté dans l'action », sourit le coupable désigné. Avant de tempérer rapidement la situation : « Comme dans absolument tous les clubs de rugby, parfois, ça se frite un peu entre coéquipiers. C'est juste de l'excès d'adrénaline pure, ça n'a strictement rien à voir avec notre situation sportive actuelle. »
Un moral des troupes en berne
Le classement préoccupant des Biarrots, les déconvenues sportives trop nombreuses finissent par atteindre sérieusement le moral des troupes. En tout début de saison, pas une seule conférence de presse ne se passait sans qu'un joueur ne mette en lumière l'état d'esprit positif du groupe. Aujourd'hui, plus personne n'ose vraiment le faire ouvertement. « On sent clairement que l'ambiance est devenue un peu plus pesante au sein même du vestiaire », témoigne avec franchise Imanol Biscay. « Mais on essaie quand même de garder le cap collectif et surtout de préserver le sourire malgré tout. On fait désormais moins de dîners entre nous, on boit moins de verres en commun. On se retrouve plutôt à Aguilera pour jouer simplement aux cartes, boire un café ensemble. C'est peut-être finalement mieux que la bière pour nous réveiller et nous ressourcer. »
Un match crucial avec un œil sur la concurrence
Si les joueurs assurent ne penser qu'au match décisif d'Agen, la position alarmante au classement, le calendrier à venir et ses différentes projections inquiétantes sont pourtant sur toutes les autres lèvres. Béziers, 15e et seulement un petit point derrière Biarritz, reçoit Provence Rugby ce vendredi. Une rencontre capitale sur laquelle les yeux anxieux des Biarrots seront naturellement braqués, surtout en cas de contre-performance à Agen. Un succès de l'ASBH, qui s'est payé le luxe de faire tourner son effectif la semaine passée, et le BO tomberait alors dans la zone rouge (ou plutôt orange) pour la toute première fois depuis seulement la 3e journée. Et ce à seulement trois matches de la fin de saison régulière.
Les plus pessimistes anticipent déjà un hypothétique barrage d'accession contre le finaliste perdant de Nationale. Le staff technique s'y est préparé mentalement aussi. « Ce scénario existe réellement, d'un strict point de vue comptable, et on l'a partagé ouvertement avec l'ensemble des joueurs cette semaine », concède Rémi Bonfils. « Ça nous permet d'être tous sur exactement la même longueur d'onde, de savoir précisément ce qu'on vise sur les derniers matches en fonction des points qu'on a réussi à prendre ou non. »
Un effectif décimé par les blessures
Des unités précieuses à accumuler avec des forces vives qui continuent malheureusement de se réduire dangereusement. Contre Nevers, le BO a perdu son dernier ouvreur de métier, Edgar Retière. Zakaria El Fakir, pilier droit des dernières semaines, est lui aussi sorti blessé et ne sera pas du voyage à Armandie. Deux postes particulièrement sinistrés par cette hécatombe. « Je ne cache absolument pas que ce n'est pas évident à gérer », souffle l'entraîneur de la défense. « C'est sûr que dans ce contexte particulièrement difficile, tu aimerais avoir toutes tes forces en présence pour pouvoir gérer cette situation à la fois sportivement et émotionnellement compliquée. » Les supporteurs biarrots les plus fidèles ne le contrediront certainement pas.
Des solutions de dépannage précaires
Avec l'hécatombe totale au poste stratégique de n°10, c'est Joe Jonas qui démarrera demi d'ouverture contre Agen. Un rôle qu'il n'a tenu qu'à seulement deux reprises, il y a deux saisons déjà avec Biarritz. En cas de pépin physique supplémentaire, c'est Imanol Biscay qui pourrait jouer les pompiers de service, puisque le banc ne comportera que deux arrières, Yann Lesgourgues et Yohan Tapie. Il est important de noter que Biscay n'a jamais joué ouvreur en professionnel de sa carrière.
Autre dépannage nécessaire : celui de Giorgi Nutsubidze en pilier droit. L'habituel gaucher devra couvrir un poste où la recrue Luka Véa, apparue à court de rythme contre Nevers, est préservée. Solomone Tukuafu, en délicatesse avec un bras, démarrera quant à lui sur le banc. Enfin l'habituel 3e ligne Alban Placines va connaître une nouvelle titularisation dans la cage, ajoutant à l'improvisation générale.



