Le plateau d'Aguilera, enjeu central des élections municipales à Biarritz
Le plateau d'Aguilera et son emblématique club de rugby professionnel, le Biarritz Olympique Pays basque (BOPB), constituent le dernier point de comparaison des programmes des six candidats en lice pour les élections municipales. Une question récurrente anime les débats : faut-il doter Aguilera d'un nouveau stade ?
Aguilera est, de très loin, le toponyme le plus prononcé durant cette campagne municipale. Peut-être même plus qu'en 2020, lorsque le sauvetage du club de rugby professionnel sur fond d'aménagement du plateau sportif s'était déjà invité dans la campagne électorale.
Un héritage tumultueux et des menaces de départ
À l'époque, le BOPB appartenait à Louis-Vincent Gave, avec Jean-Baptiste Aldigé aux commandes. Ce dernier pesait de tout son poids pour orienter les électeurs vers Maider Arosteguy, dont le projet coïncidait avec les intérêts de l'actionnaire. Après quelques mois d'idylle, le divorce entre les deux parties devenait houleux : le président Aldigé menaçait de déménager le BOPB à Lille, faute de perspective d'un nouveau stade à Aguilera.
Louis-Vincent Gave a finalement vendu ses parts à Pierre-Édouard Stérin, autre richissime homme d'affaires aux idées ultraconservatrices. Ces aléas ne sont pas très différents de ceux qui préoccupaient déjà Didier Borotra, maire de 1991 à 2004, face à la question cruciale : comment maintenir un club d'élite à Biarritz ?
Les défis économiques du rugby moderne
Aujourd'hui, les stades ne se limitent plus à une pelouse, des vestiaires et des tribunes. Ils doivent être entourés d'équipements générant des recettes toute l'année : restaurants, espaces de réception, salles de séminaires fonctionnant bien au-delà des soirs de match. Avec la billetterie, ces équipements créent des flux financiers essentiels pour entretenir une équipe et son staff.
En 2003, l'édification d'une tribune supplémentaire sous bail emphytéotique administratif a permis d'augmenter les recettes de billetterie, mais pas celles de la ville, qui ne perçoit que quelques milliers d'euros de loyer. La municipalité a également assuré diverses rénovations, comme la pelouse synthétique posée à l'été 2025 ou la mise hors d'eau de la villa Rose.
Ces dépenses ne contribuent pas directement à l'équilibre budgétaire du club. Chaque printemps revient le psychodrame d'une possible relégation du BOPB pour raisons financières, rendant consensuelle l'idée d'un stade plus grand et plus moderne.
Les propositions des candidats : six visions pour Aguilera
Richard Tardits : réhabilitation plutôt que reconstruction
« Le débat sur Aguilera revient régulièrement : faut-il construire un nouveau stade de rugby ? Notre réponse est non. Un nouvel équipement représenterait un investissement massif, difficilement justifiable dans le contexte financier actuel. En revanche, le stade existant mérite une réhabilitation ambitieuse. »
Il propose de moderniser, optimiser et rendre économiquement viable ce site historique, en améliorant les espaces d'accueil, les hospitalités, les loges et les zones événementielles pour générer des recettes pérennes au-delà de la billetterie.
Serge Blanco : préserver la vocation sportive
« Aguilera est un lieu emblématique de Biarritz. Il appartient aux Biarrots, à l'histoire du BO, à ses supporters et à toute la vie sportive de la ville. Notre responsabilité est de préserver la vocation sportive de cette plaine et de lui redonner de l'élan. »
Il souhaite ouvrir une discussion avec le propriétaire du club pour obtenir une vision claire du projet sportif, créer un centre de formation du BO Rugby amateur, et maintenir Aguilera comme un grand parc sportif ouvert à tous, avec 160 logements en bail réel solidaire en périphérie.
Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde : un pôle d'excellence sportive
« Le plateau d'Aguilera fait partie intégrante du patrimoine et de l'âme de Biarritz ; nous préserverons donc prioritairement sa destination sportive. Notre projet ne se limite pas à un simple stade, mais vise la création d'un véritable pôle d'excellence sportive pour tous. »
Il prévoit la construction d'une nouvelle tribune ouest « à l'anglaise » avec espaces réceptifs et restaurant panoramique, une piste d'athlétisme homologuée, une salle multisport, un pôle associatif, et un parking silo pour résoudre les problèmes de stationnement.
Ana Ezcurra : une Cité internationale du sport
« Si nous voulons voir le Biarritz Olympique à haut niveau, la question du stade doit être clairement posée. L'initiative doit d'abord venir des actionnaires et du club, mais la Ville et l'Agglomération devront accompagner le projet. »
Elle dénonce l'opportunisme politique et propose le projet Aguilera Berri : préserver le plateau sportif pour créer une Cité internationale du sport autour d'un pôle de formation multisport d'excellence, avec développement de logements en lisière et soumission du choix final au vote des Biarrots dans les 100 premiers jours du mandat.
Maider Arosteguy : modernisation et accompagnement
« Le stade a évidemment besoin d'une franche modernisation. Le rugby a changé : les budgets ont atteint des niveaux très élevés pour être compétitifs. »
Elle souligne que la pérennité d'un club repose sur un modèle économique indépendant des résultats sportifs. Elle travaillera avec le propriétaire du club sur un projet de rénovation du stade, après avoir réalisé la pelouse synthétique en 2025, affirmant que le BOPB est indissociable de Biarritz.
Guillaume Barucq : un éco-stade et un centre aquatique
« Nous reproposerons un projet ambitieux pour Aguilera : accompagner la rénovation du stade Léon-Larribau en éco-stade, autonome en énergie renouvelable, doté d'un centre de formation et d'espaces commerciaux et événementiels. »
Il propose la création d'un centre aquatique d'excellence avec bassin extérieur de 50 mètres, la reconstruction d'une piste d'athlétisme, la rénovation des installations existantes, et le développement du stationnement pour en faire un parking de délestage.
Un choix structurant pour l'avenir de Biarritz
Les six candidats s'accordent sur l'importance cruciale d'Aguilera pour l'identité sportive et économique de Biarritz, mais leurs visions divergent radicalement sur les moyens à mettre en œuvre. Entre rénovation, modernisation, reconstruction ou transformation en pôle multisports, les électeurs biarrots devront trancher sur l'avenir de ce lieu emblématique et du club de rugby qui en dépend.



