Stevenson Savart entre dans l'histoire olympique pour Haïti
Le stade de Tesero dans le Val di Fiemme a résonné d'une clameur inhabituelle samedi dernier. Alors que tous les regards étaient tournés vers Johannes Klaebo, le numéro un mondial et médaillé d'or du skiathlon, c'est pour un autre athlète que le public a réservé ses plus chaleureuses acclamations. Stevenson Savart, premier fondeur haïtien aligné aux Jeux Olympiques d'hiver, venait de franchir la ligne d'arrivée avec près de 11 minutes de retard sur le champion norvégien, mais avec la satisfaction d'avoir accompli sa mission.
Un parcours olympique né dans les Vosges
Ce géant de deux mètres, aux épaules impressionnantes qui évoquent davantage un basketteur professionnel qu'un fondeur, a grandi dans les Vosges après avoir été adopté par une famille française à l'âge de trois ans. "L'objectif a été atteint : c'était de finir la course. C'était cool, franchement j'ai bien savouré. Les gens sont fans", a confié le sportif de 25 ans à la presse au lendemain de sa performance historique.
Sa passion pour le ski de fond s'est développée naturellement au contact de ses amis dans les stations des Vosges, avant qu'il ne perfectionne sa pratique dans le Doubs durant ses études au lycée Toussaint-Louverture de Pontarlier. "J'avais tous mes copains dans le ski. C'est pour ça que je me suis dirigé vers ce sport", explique-t-il, arborant sa combinaison aux couleurs vives qui ne passe pas inaperçue sur les pistes.
Un projet olympique qui a pris forme progressivement
Le rêve olympique de Stevenson Savart s'est concrétisé étape par étape :
- Adoption de la nationalité sportive haïtienne en 2022
- Première participation aux Championnats du monde en 2023 à Planica en Slovénie
- Qualification historique pour les Jeux Olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026
À Tesero, le fondeur haïtien a également participé au sprint classique mardi, bien qu'éliminé lors des qualifications. Il doit encore prendre le départ de l'individuel libre vendredi et vise la dernière épreuve masculine, le 50 kilomètres, prévue le 22 février, dernier jour de ces Jeux Olympiques.
Les défis d'un fondeur hors normes
Avec sa stature imposante, Stevenson Savart présente des caractéristiques physiques atypiques pour un skieur de fond. "L'avantage, c'est qu'on peut faire la différence sur des longs plats en poussée, au finish en tout cas", analyse-t-il. "Cela a ses inconvénients aussi, parce qu'on peut facilement mettre la canne entre les jambes", ajoute le sportif qui s'inspire du Suédois Edvin Anger, également de grande taille.
Le parcours technique de Tesero lui a particulièrement posé défi : "Le parcours est hyper dur, avec beaucoup de bosses, des bosses énormes. Mais c'est vraiment génial", savoure celui qui découvre l'expérience olympique.
La double vie d'un pionnier olympique
La réalité du ski de fond de haut niveau impose à Stevenson Savart de jongler entre entraînement et vie professionnelle. "C'était très compliqué de s'entraîner et de travailler en même temps", reconnaît-il. Aujourd'hui, il occupe un poste d'assistant d'éducation dans le lycée où il a étudié à Pontarlier, ce qui lui permet d'utiliser les installations sportives de l'établissement pour ses entraînements quotidiens.
"C'est plutôt cool. Mais c'est très difficile de vivre du ski de fond. Même les meilleurs vous diront que c'est difficile", conclut le chouchou du public de Tesero, qui envisage après les Jeux de "tester d'autres sports" tout en poursuivant sa carrière de surveillant.
Sa présence aux Jeux Olympiques représente bien plus qu'une simple participation sportive. Elle symbolise l'ouverture du ski de fond à de nouvelles nations et démontre que les Jeux Olympiques restent avant tout une célébration de l'esprit sportif, où l'important est de participer et de repousser ses propres limites.