Une médaille historique pour le Brésil aux JO d'hiver de Milan-Cortina 2026
Jenifer et Gabriel Miranda, un couple brésilien originaire de Sao Paulo, ne regrettent absolument pas d'avoir fait le déplacement en Italie pour participer aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 en tant que volontaires. Deux ans après leur expérience à Paris 2024, ils ont choisi de consacrer deux semaines supplémentaires à cet événement planétaire, motivés par la perspective d'assister à ce qu'ils qualifient de « moment d'histoire ».
Le rêve devenu réalité pour un continent entier
Ce samedi 14 février 2026 restera gravé dans les annales sportives brésiliennes et sud-américaines. Pour la première fois, le Brésil – et même l'ensemble du continent sud-américain – a décroché une médaille olympique lors d'une édition hivernale. Cet exploit est l'œuvre du skieur Lucas Pinheiro Braathen, sacré champion olympique du slalom géant après un récital impressionnant.
Après avoir dominé la première manche le matin avec une avance de 0,95 seconde sur le Suisse Marco Odermatt, il a confirmé sa supériorité dans l'après-midi, s'imposant finalement avec 58 centièmes d'avance sur le favori helvétique. Une performance qui a provoqué une onde de choc joyeuse bien au-delà des pistes de Bormio.
L'engouement médiatique sans précédent au Brésil
Lorsque 20 Minutes avait rencontré Jenifer et Gabriel Miranda lors de la cérémonie d'ouverture à Cortina d'Ampezzo, ils arpentaient déjà les lieux en brandissant fièrement un grand drapeau brésilien. Ils anticipaient déjà cette date de la Saint-Valentin qui pourrait bien devenir un jour férié symbolique à Rio de Janeiro.
« On se devait de venir sur ces Jeux car pour nous, c'est peut-être la seule chance de toute notre vie de voir une médaille olympique brésilienne aux JO d'hiver », confie Jenifer. « Rien ne nous garantit d'avoir des athlètes aussi prometteurs que Lucas dans quatre ans. Là, ce sont des Jeux pour l'histoire. »
Ces deux trentenaires, qui résident désormais à Coimbra au Portugal, ont observé l'évolution rapide de l'engouement pour les sports d'hiver dans leur pays natal grâce à leur brillant compatriote. « Jusqu'à cette édition de Milan-Cortina, c'était quasiment impossible d'avoir accès à des épreuves des JO d'hiver à la télévision brésilienne », explique Gabriel Miranda. « L'effet Lucas est là car toutes ses courses à Bormio vont être retransmises en direct à la télévision nationale. »
Un parcours atypique entre Norvège et Brésil
Mais pourquoi cette belle histoire n'a-t-elle pas éclos plus tôt ? La réponse réside dans le parcours singulier de ce skieur de 25 ans. Jusqu'en 2023, Lucas Braathen – comme on l'appelait alors – possédait la nationalité sportive norvégienne, pays de son père. Vainqueur de sa première course de Coupe du monde à seulement 20 ans sur le slalom géant de Sölden en Autriche, il semblait promise à un avenir radieux au sein de l'équipe norvégienne de ski alpin.
Pourtant, un coup de tonnerre a secoué le monde du ski avant le début de la Coupe du monde 2023-2024 : Lucas Braathen annonçait mettre un terme à sa carrière sportive suite à un conflit avec sa fédération concernant les droits d'image. Après une saison de pause, le voilà qui réapparaît sous les couleurs du pays de sa mère, le Brésil.
« On accueille toujours très bien les athlètes qui font le choix de représenter le Brésil », commente Gabriel Miranda avec un sourire. « Il parle très bien portugais, son staff est brésilien, sa copine aussi. Bon, il ne peut pas venir souvent au Brésil car ce n'est pas évident pour s'entraîner ! C'était une belle surprise pour nous car il avait déjà de très bons résultats avec la Norvège. Pour un pays comme le nôtre dont le meilleur résultat était un Top 10 en snowboard à Pyeongchang, c'est une sacrée aubaine. »
Un choix qui divise en Norvège
Dans une interview accordée à l'AFP en septembre dernier en marge de la Fashion Week de Milan – l'une de ses grandes passions –, Lucas Pinheiro Braathen justifiait ce choix radical : « Cela a toujours été mon rêve de tracer ma propre route. Je sais qu'elle est différente de la plupart des autres skieurs. » Sa personnalité détonante en fait désormais un personnage central du ski alpin mondial.
Mais comment la Norvège vit-elle cette réussite, alors que son meilleur représentant Atle Lie McGrath ne s'est classé que 5e sur ce même slalom géant ? 20 Minutes a interrogé Johan-Olav Botn, vainqueur touchant de l'individuel de biathlon trois jours plus tôt à Anterselva.
« C'est un sujet qui divise les Norvégiens », annonce-t-il d'emblée. « Je ne le connais pas personnellement mais dans notre pays, nous avons une véritable culture de l'esprit d'équipe. On fait toujours passer l'équipe avant nous-mêmes. Quand un athlète choisit le chemin qu'il juge le meilleur pour lui sans penser à ce qui est le mieux pour son équipe nationale, il peut être critiqué. »
Le metteur en scène de sa propre destinée
Il est donc peu probable que le champagne coule à flots en Norvège en l'honneur de celui qui portait pourtant le drapeau brésilien lors de la cérémonie d'ouverture au stade San Siro. Déterminé en 2024 à rejoindre une fédération aux moyens financiers limités, Lucas Pinheiro Braathen assume pleinement ses choix.
« C'est ma nouvelle réalité, je suis le metteur en scène de mon équipe et de nos valeurs », apprécie l'actuel deuxième du classement général de la Coupe du monde de ski alpin, très loin derrière le Suisse Marco Odermatt qu'il est justement parvenu à battre ce samedi historique.
Est-ce grâce à sa mission spéciale de représenter les ambitions de tout un pays et d'un continent ? « Dès que je commence à penser aux résultats, aux statistiques ou à mon pays, je me perds », confie-t-il avec lucidité. « Je dois juste skier pour moi et pour la personne que je suis. » Le Brésil ne lui en voudra certainement pas de jouer la carte personnelle, étant donné la récompense collective exceptionnelle qui accompagne désormais cette performance aux JO de Milan-Cortina 2026.



