Le CIO rétablit les tests de féminité pour les JO 2028, une décision controversée
Près de trente ans après y avoir renoncé, le Comité international olympique (CIO) a annoncé jeudi le rétablissement des tests génétiques de féminité à compter des Jeux olympiques 2028 de Los Angeles. Cette mesure exclut de fait du sport féminin les athlètes transgenres et une grande partie des athlètes intersexes, suscitant de vives réactions à l'échelle internationale.
Les détails de la nouvelle politique du CIO
Dans un communiqué, le CIO a précisé que l'admissibilité aux épreuves féminines est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin, non porteuses du gène SRY, qui détermine le sexe. Cette décision, votée à l'unanimité par la commission exécutive, sera mise en œuvre par les fédérations internationales et les instances sportives nationales. Les tests chromosomiques devront être passés une seule fois dans la vie de l'athlète.
Certaines athlètes intersexes pourraient échapper à cette réglementation si elles prouvent une insensibilité totale aux androgènes, mais cette procédure est coûteuse et complexe. Notamment, cette politique ne remet pas en cause les médailles passées, comme celle de la boxeuse algérienne Imane Khélif, porteuse du gène SRY mais née fille.
Les réactions politiques et les implications
La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a défendu cette décision, affirmant qu'elle soutient l'égalité, l'équité et la sécurité. Cette position rejoint celle de l'ancien président américain Donald Trump, qui a salué le rétablissement des tests sur son réseau Truth Social, y voyant le résultat de son décret bannissant les athlètes transgenres du sport féminin.
Cependant, la France exprime des réserves. Marina Ferrari, ministre des Sports, a regretté ce retour en arrière, soulignant les préoccupations éthiques et les difficultés pratiques, notamment l'incompatibilité avec les lois bioéthiques françaises. Le Comité olympique et sportif français (CNOSF) a également pointé les questions scientifiques et les obstacles légaux.
Les débats sur l'utilité et la faisabilité des tests
La pertinence des tests génétiques est largement contestée. Un éditorial récent du British Journal of Sports Medicine note l'absence de données scientifiques prouvant un avantage de performance chez les personnes intersexes porteuses du gène SRY. De plus, 22 juristes internationaux ont appelé au refus de ces tests, les jugeant discriminatoires et violant les lois sur la bioéthique et la vie privée.
Sur le plan pratique, la mise en œuvre à l'échelle mondiale pose des défis organisationnels majeurs. Madeleine Pape, sociologue du sport, questionne la gestion de cette politique dans plus de 200 pays et 43 sports, ainsi que l'impact psychologique sur les athlètes.
Les perspectives pour les JO 2028
Malgré les critiques, le CIO maintient sa position, suggérant que les athlètes pourront se faire tester lors de compétitions à l'étranger si c'est interdit dans leur pays. Cette décision s'inscrit dans un contexte plus large de débats sur l'inclusion dans le sport, où des organisations comme Sport and Rights Alliance dénoncent une focalisation excessive sur l'éligibilité au détriment de problèmes structurels comme les inégalités de financement et les violences.
Alors que les préparatifs pour les JO 2028 s'intensifient, cette mesure promet de rester un sujet brûlant, mêlant enjeux sportifs, éthiques et politiques.



