Un hommage controversé aux athlètes ukrainiens tombés au combat
Le skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevych a créé la polémique lors des Jeux Olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 en portant un casque arborant les portraits d'athlètes compatriotes tués par la Russie dans le conflit en Ukraine. Cet acte symbolique, survenu lors d'un entraînement à Cortina, a immédiatement reçu le soutien public du président Volodymyr Zelensky, tout en soulevant des questions sur les limites des manifestations politiques dans l'arène olympique.
Le casque interdit et le cœur brisé d'un athlète engagé
Vladislav Heraskevych, âgé de 27 ans et porte-drapeau de la délégation ukrainienne composée de 46 sportifs, s'est vu interdire de porter ce casque gris sur lequel étaient sérigraphiées les images de plusieurs athlètes morts à la guerre. "Cette décision me brise le cœur", a-t-il déclaré sur Instagram, ajoutant : "J'ai le sentiment que le Comité international olympique (CIO) trahit des athlètes qui ont fait partie du mouvement olympique en ne leur permettant pas d'être honorés là où ils ne pourront plus jamais se produire."
Parmi les visages figurant sur le casque se trouvent ceux du patineur artistique Dmytro Sharpar, tué au combat près de Bakhmut, et du biathlète de 19 ans Yevhen Malyshev, mort près de Kharkiv. Volodymyr Zelensky a salué cette initiative sur Telegram, soulignant que Heraskevych "a rappelé au monde le prix de notre lutte" et estimant que "cette vérité ne peut être gênante, inappropriée ou qualifiée de 'manifestation politique lors d'un événement sportif'".
Un symbole fort pour l'Ukraine en guerre
Dans un entretien accordé à l'AFP avant le début des Jeux, Vladislav Heraskevych avait expliqué que sa présence à Cortina représentait "un symbole très fort pour l'Ukraine", démontrant que "nous restons forts et que nous sommes toujours ici, entre les meilleures nations, malgré la guerre dans notre pays". Quatrième aux Championnats du monde de Lake Placid en mars 2025, l'athlète vise une médaille à ces Jeux, affirmant avec conviction : "C'est notre objectif, et je pense qu'on y arrivera."
Ce n'est pas la première fois que Heraskevych utilise la plateforme olympique pour dénoncer la guerre. Le 11 février 2022, lors des Jeux de Pékin, il avait brandi une pancarte "No war" quelques jours avant le déclenchement de l'offensive russe en Ukraine. Aujourd'hui, face à l'interdiction de son casque hommage, il a annoncé faire appel, déclarant : "Nous préparons un recours officiel auprès du CIO et lutterons pour pouvoir participer à la compétition avec ce casque."
Le CIO face au dilemme des manifestations politiques
Le Comité International Olympique ne s'est pas encore exprimé officiellement sur cet incident, mais la charte olympique interdit traditionnellement les manifestations jugées "politiques" lors des compétitions. Cette situation intervient dans un contexte où treize athlètes russes participent à ces Jeux sous bannière neutre, une sanction imposée par le CIO après l'invasion de l'Ukraine par Moscou en 2022.
Heraskevych a évoqué des précédents "où le CIO a autorisé de tels hommages", espérant ainsi obtenir gain de cause. L'épreuve individuelle hommes de skeleton débute jeudi et s'achève le lendemain, laissant peu de temps pour une résolution de ce différend qui dépasse le cadre sportif pour toucher aux réalités géopolitiques les plus douloureuses.
Cet épisode illustre la difficulté croissante de séparer le sport de la politique dans un monde où les conflits armés continuent de faire des victimes parmi les athlètes eux-mêmes. Alors que les Jeux Olympiques sont traditionnellement un espace de paix et de rassemblement, la guerre en Ukraine impose une réalité brutale qui ne peut être ignorée, même sur les pistes de skeleton de Cortina.