La semaine passée à Pretoria début décembre, conclue par un succès bonifié sur le terrain des Bulls (33-46) en ouverture de la Champions Cup, a été un moment fondateur pour l’Union Bordeaux-Bègles, qui jouera une nouvelle finale face au Leinster ce samedi (15 h 45) à Bilbao.
Un déplacement périlleux en Afrique du Sud
Lorsque le calendrier de la phase de poules de Champions Cup est dévoilé, tous les clubs croisent les doigts pour éviter un déplacement en Afrique du Sud en plein milieu de la saison. Au regard de la logistique et du changement de climat, ces périples sont ceux de tous les dangers et peuvent enterrer très vite les ambitions des candidats au titre. Depuis l’incorporation des franchises sud-africaines dans la compétition en 2022, 26 matchs ont été joués dans l’hémisphère Sud, mais seulement six équipes y ont décroché une victoire.
Après deux déplacements chez les Sharks (32-3 en 2023) et chez les Bulls (46-40 en 2024), le troisième a été le bon pour l’Union Bordeaux-Bègles, qui est revenue de Pretoria avec un succès bonifié (33-46) en ouverture de l’exercice actuel. Au terme de cette campagne, le champion d’Europe en titre s’est qualifié pour une nouvelle finale face au Leinster ce samedi à Bilbao.
Les bases de l’aventure européenne
Les Bordelais ont vraiment posé les bases de leur aventure européenne durant leur semaine passée dans le Gauteng. « C’était vraiment l’élément fondateur », explique le manager Yannick Bru. « On a démarré la Champions Cup par le match le plus difficile de notre poule. C’était un grand défi, sous la chaleur, face à une équipe des Bulls qui alignait pas mal de Springboks qui venaient de battre la France lors de la tournée de novembre. C’était un très gros rendez-vous et on s’est tous mobilisés. »
Le club girondin n’a rien laissé au hasard pour mettre toutes les chances de son côté. Après sa défaite à Montpellier en Top 14, le groupe est parti directement depuis l’Hérault pour un voyage de près de 18 heures et plus de 9 000 km via Paris et Johannesburg. « La partie logistique et intendance du club a très bien bossé, souligne Yannick Bru. Tout le monde s’est mis au diapason pour ne rien négliger. »
Un seul zèbre dans les jumelles
Dès l’arrivée, l’accent a été mis sur la récupération. Si une partie du staff a pris le temps d’aller faire un safari, les joueurs ont décidé de rester à l’hôtel durant l’essentiel de la semaine pour ne pas s’éparpiller. Le seul zèbre que les Bordelais rêvent d’approcher à nouveau est celui qui fait office de mascotte au sponsor majeur de la Champions Cup, sur lequel Damian Penaud était monté hilare lors du sacre à Cardiff. « On avait déjà fait un safari en Afrique du Sud lors des deux voyages précédents, rappelle Maxime Lucu. On sait que les distances sont longues, que les journées sont quand même bien prenantes quand tu passes de 10 à 30 degrés là-bas. Il y a beaucoup de paramètres à gérer sur le plan physique. »
Entre les séances d’entraînement sur la pelouse de l’Université de Pretoria sous une chaleur et un taux d’humidité accablants, le groupe s’est malgré tout rendu dans un stand de tir et a partagé une soirée dans un restaurant de grillades typiquement sud-africaines en compagnie du staff le mercredi soir. Mais il a passé l’essentiel de la semaine à l’hôtel où les parties de cartes se sont enchaînées pendant des heures. « On a bien rigolé, se souvient Maxime Lucu. On a essayé de s’occuper, on a aussi pas mal joué à la Play. En fait, on a passé 24 heures sur 24 ensemble pendant 10 jours depuis Montpellier. Ça nous a pas mal rapprochés. Et on a découvert des jeunes comme Joseph Laharrague ou Adam Zapedowski. Ils se sont sentis vraiment impliqués dans la vie de l’équipe. Cette semaine-là nous a fait du bien. »
Un match renversant
D’autant plus de bien que depuis le début de la préparation estivale, l’UBB n’avait jamais pu passer de temps avec un groupe au complet en raison de toutes les blessures qui se sont enchaînées. Relation de cause à effet ? Jusque-là, les résultats du club girondin étaient en dents de scie, avec de nombreuses lourdes défaites à l’extérieur, le plus souvent par manque d’implication et d’engagement. « On s’est reprogrammé sur cette aventure européenne et ce déplacement à Pretoria, c’était une première marche importante suite à ce début de championnat un peu raté, reconnaît Yannick Bru. Il a redonné confiance à tout le monde. »
Alors que l’enfer leur était promis au Loftus Versfeld face à des Bulls emmenés par leur armada de Springboks, les Bordelais ont fait front dans le défi physique. Menés 33-22 à la mi-temps, ils ont complètement renversé la vapeur en accélérant après la pause pour s’imposer sur le score de 33-46 au terme d’un match complètement fou (5 essais à 7). « Quand tu prends en compte la chaleur et l’altitude, on a fait une seconde période vraiment incroyable », souligne Noël McNamara, l’entraîneur en charge des lignes arrière.
Quand on sait que l’avantage du terrain en phases finales est primordial en Champions Cup, l’aventure de l’UBB ne pouvait pas mieux débuter avec ce succès bonifié en Afrique du Sud. « Sur ce match, il y a tout un contexte qui fait qu’on était attendu. C’est vrai que le fait de s’être resserré, d’avoir pris 5 points et de s’être lancé comme ça dans la compétition, ça nous a ouvert la porte pour la suite, explique Jefferson Poirot. Ça a été vraiment un moment fort de cette saison parce que, tout simplement, ça nous a remis dans le chemin qui est le nôtre. » Jusqu’à cette nouvelle finale samedi prochain à Bilbao pour tenter de décrocher un doublé.



