Sur un fil pour la troisième saison consécutive, les Maritimes pensent surtout à finir dans les huit, voire dans les six, avant une affiche de gala, ce dimanche à 21h05, contre un leader aux préoccupations bien éloignées. D'un coup, ce samedi 16 mai, les sourires des supporters des moins de 18 ans rochelais se sont voilés, ternis par une petite ride de contrariété. Alors que les Crabos, leaders de leur poule élite, frappaient fort (47-0) face à leur dauphin du Racing 92, dans le même temps, en Top 14, Clermont s'inclinait avec le bonus défensif à Pau (24-19). Ce point, ajouté aux victoires de Bordeaux-Bègles face à l'USAP (37-32) et du Racing 92 sur Toulon (43-28), complique encore plus la tâche des Jaune et Noir, boutés hors du top 6 depuis la 11e journée, un mois avant une terrible déroute (60-14) à Toulouse.
Un triple champion de France qui se présente ce dimanche pour un match retour qui n'est plus prestigieux que pour les Maritimes, 8es et à neuf points de l'ASM, 6e, à trois journées de la fin. Les Rouge et Noir, eux, n'attendent plus que l' officialisation de leur première place. Comme depuis au moins presque cinq ans, Ugo Mola et son staff se déplacent avec une équipe qui tourne, sans empêcher l'ambition – les Espoirs de la Ville rose sont passés près d'un succès en janvier 2025 (22-19). Ce ne sera pas vraiment une répétition générale, à cinq semaines des demi-finales marseillaises.
La rouste de l'aller en tête
Aujourd'hui, les deux équipes ne boxent plus dans la même catégorie là où, il y a trois ans, il n'avait manqué que trois minutes aux joueurs de Ronan O'Gara pour soulever leur premier Brennus. En 2024, qualifiés d'un souffle, ils avaient secoué leurs rivaux en demie mais une sixième élimination consécutive (toutes compétitions confondues) contre leurs meilleurs ennemis du moment n'avait été qu'un arbre cachant une forêt moins vivace.
Toulouse encore sans Dupont
Ce dimanche, cela fera 1 715 jours qu'Antoine Dupont n'a plus joué à Marcel-Deflandre. Son dernier match dans l'enceinte des Jaune et Noir remonte au 5 septembre 2021. En revanche, Thomas Ramos sera titulaire à l'ouverture et Romain Ntamack sur le banc. Deuxième masse salariale du Top 14, le Stade Rochelais doit faire un carton plein et miser sur deux défaillances devant pour ne pas, comme l'an passé, regarder la phase finale à la télévision. Pas assuré non plus de figurer dans le top 8, synonyme de Champions Cup, le voilà à nouveau sur un fil malgré un groupe qui s'est bien remplumé. Car si une avalanche de blessures a plombé ses espoirs, celle-ci s'inscrit bien dans un temps faible structurel.
Certes, en novembre, les Maritimes visaient la première place à Toulon. Mais la rouste toulousaine du 28 décembre avait montré qu'ils en étaient encore loin. Près de cinq mois plus tard, « on l'a dans un coin de la tête », souffle Jules Favre. Le polyvalent trois-quarts se penche principalement sur le réveil actuel (cinq victoires, dont trois à l'extérieur, sur les six derniers matchs de Top 14), proche de ce que les Jaune et Noir ont vécu en 2024 puis 2025.
Outsiders
« Dos au mur, tu te dis ''on est en train de passer pour des pipes. Qu'est-ce qu'on fait ici avec toute la qualité de l'effectif ?''. L'an dernier, on était 10e ou 12e, les gens parlaient de maintien, rappelle-t-il. C'est une situation qu'on subit. Avant, on gagnait à l'extérieur en octobre, en novembre, on gagnait quasiment tout à la maison. Et on arrivait à accélérer au printemps, après toutes les petites blessures de l'hiver. Tout le monde revenait, excité par les phases finales ; l'émulation permettait de monter en puissance. »
« Là, il y a eu beaucoup de blessures, des mecs moins en forme, encore des blessures », et trois défaites à Deflandre. « En fait, tu es toujours en train de te battre un peu contre toi-même, regrette Favre. Et une fois que tu sors un peu la tête de l'eau, on se dit ''allez, on est tous là, il y a un peu de concurrence, il faut que je joue bien, etc.''. Ça permet de repartir de l'avant, car on a une équipe de grande classe, poste par poste, avec une grosse ossature qui faisait les phases finales. Et les mecs qui sont arrivés ont encore plus envie de gagner. » C'est le cas de Nolann Le Garrec, comme de Semi Lagivala, venu du Stade Montois et pour qui « c'est un honneur de jouer contre Toulouse ». La façon dont le centre fidjien a secoué son idole Josua Tuisova chez le Racing prouve que cela aiguise son appétit. Et que La Rochelle, comme l'y invitait Grégory Alldritt en février, a accepté d'être redevenue outsider.
Dimanche, il ne sera donc pas question de rivalité avec Toulouse. Juste d'orgueil, d'un rêve à préserver et d'un Deflandre à satisfaire un dimanche soir lors d'une affiche de gala. Comme quand les Jaune et Noir bâtissaient leurs succès futurs plutôt que de repenser à leurs conquêtes passées.



