Après trois années mitigées à La Rochelle, l'ailier basque Teddy Thomas vit une saison pleine avec le Stade Toulousain, où personne ne l'attendait, mais dont il est le meilleur marqueur d'essais. Le saviez-vous ? Teddy Thomas court plus vite qu'Ange Capuozzo, Nelson Épée ou Kalvin Gourgues. Sur le tableau des scores qui orne le mur de la salle de musculation du Stade Toulousain, il garde encore une petite longueur d'avance sur les fusées du vestiaire, malgré 32 années au compteur.
Une saison record
Encore bien vert chez les Rouge et Noir, l'ailier né à Biarritz vit une riche saison, à tout le moins celle où il cumule le plus de matchs disputés : il en est déjà à 22, alors qu'il reste encore quatre ou cinq matchs de championnat à jouer, et c'est déjà un record (égalé) dans sa carrière en club. Peu nombreux étaient ceux qui y auraient mis leur billet quand, en novembre 2024, sa signature pour trois ans chez le meilleur club français était annoncée. « On va dire que ce recrutement a fait beaucoup jaser à l'intersaison », a euphémisé son manager Ugo Mola le mois dernier.
Il faut dire que Toulouse cible plutôt la promotion interne ou des pointures de stature internationale qui ont encore plusieurs belles années devant elles. Thomas, dont la dernière des 28 capes en Bleu remonte à 2021, sortait d'un passage de trois ans au Stade Rochelais aux airs de rendez-vous manqué. Pas exactement le profil type.
« Mes meilleures années »
Dans une équipe maritime qui rentrait peu à peu dans le rang, et dont le jeu tournait davantage autour de la puissance de ses avants que de la vélocité de ses arrières, il a joué, mais sans briller, ni réussir à rentrer tout à fait dans ce moule. Sauf par à-coups, notamment quand il a été repositionné au centre la saison dernière. Trop tard. Et insuffisant pour chasser l'image du joueur parfois nonchalant, pas assez fiable en défense, jamais tout à fait épargné par les blessures. En 2023 et 2024, Ronan O'Gara ne l'a même pas retenu pour disputer les phases finales de Top 14.
Au fond, pourtant, Teddy Thomas et le Stade Toulousain, cela ressemblait à deux histoires destinées à se croiser un jour. « Depuis tout petit, le jeu qui me correspondait le plus, c'était évidemment celui-là, expliquait le joueur à Midi Olympique en février. Maintenant, j'y suis. Et je pense que je vais vivre les meilleures années de ma carrière rugbystique. Ugo (Mola) me dit souvent : « Franchement, mais qu'est-ce que tu as été con de ne pas venir avant ! » Mais je ne sais pas si, mentalement, j'étais prêt à signer ici plus tôt. Parce qu'il faut aussi s'infliger une certaine rigueur pour venir. Je ne suis pas sûr, quand j'étais plus jeune, que j'aurais pu m'imposer cette rigueur. Maintenant, je sais que je suis prêt. »
Des statistiques impressionnantes
Pour l'instant, les faits lui donnent raison. Après une mise en route de quelques semaines, Teddy Thomas a trouvé son rythme de croisière. Le voilà à 14 essais, Champions Cup et Top 14 confondus (plus haut total du club), dont neuf depuis le début de l'année civile. C'est évidemment plus facile de scorer quand on évolue au sein de l'attaque la plus prolifique et dans l'équipe la plus dominante, en tout cas sur le terrain de jeu hexagonal, mais il est au rendez-vous. Les blessures de Juan Cruz Mallía, Ange Capuozzo, et les voyages en sélection écossaise de Blair Kinghorn ont aussi fait de la place.
Un palmarès à garnir
« Pour l'instant, il est en phase avec ce qu'il est venu chercher et ce que nous, on attendait de lui, disait encore Ugo Mola le mois dernier. Mais moi, j'en attends toujours un peu plus (sourire). Je vais voir les prochaines semaines pour voir s'il performe sur des matchs de très haut niveau, ceux qui sont décisifs. » Son implication dans le jeu peut encore prendre de l'ampleur. Et les phases finales du championnat seront un bon moment pour monter un taux de réussite au plaquage qui plafonne à 61 % cette saison. Lui dit ainsi ne s'être jamais autant entraîné.
« Ce qui est complètement différent ici, c'est la manière de travailler, expliquait-il en conférence de presse peu après son arrivée. Ça bosse beaucoup plus dur par rapport à ce que j'ai connu à La Rochelle ou au Racing. C'est surtout cette soif de gagner. Même si l'armoire à trophées est bien remplie, les mecs en veulent toujours plus… et ils ont toujours plus. » Ça tombe bien : lui qui n'a pour l'instant conquis qu'un seul Brennus en 2016, avec le club des Hauts-de-Seine, a bien l'intention d'épaissir un palmarès pas (encore ?) à la hauteur du talent qu'on lui a toujours prêté.



