Le 22 mars dernier, à Mulhouse, dans la catégorie des moins de 54 kilogrammes, Nelanca Chapus, une adolescente niçoise de 14 ans, est montée sur la troisième marche du podium national de lutte. Une consécration sportive doublée d'une leçon de vie. Derrière cette médaille de bronze se cache un combat de longue haleine mené contre un cancer congénital de la moelle épinière, diagnostiqué alors qu'elle n'avait que 5 ans.
Un diagnostic précoce et un parcours semé d'embûches
À l'âge de 5 ans, Nelanca a subi sa première chimiothérapie après la découverte d'une tumeur. Sa mère, Sophie, se souvient : « Du jour au lendemain, elle s'est mise à hurler de douleur. En deux semaines, elle ne marchait plus. » Les médecins ont initialement évoqué un blocage psychologique, mais une IRM a révélé la vérité. Pour protéger l'enfant, ses parents ont parlé d'une « pierre dans le dos » qu'un docteur magicien allait enlever. Ce n'est qu'à l'adolescence que Nelanca a pleinement compris la gravité de sa maladie.
Deux années de chimiothérapie et une biopsie ont laissé des séquelles irréversibles : un muscle qui ne grandit plus et une parésie à la jambe gauche. Les médecins prédisaient qu'elle ne marcherait jamais normalement, mais grâce à une volonté de fer, elle a quitté le fauteuil roulant. Deux nouvelles opérations, en sixième et l'année dernière, ont échoué, et la tumeur reste inopérable en raison de sa localisation. Des contrôles tous les trois mois sont nécessaires.
De la découverte de la lutte à la compétition avec les valides
Initiée au jiu-jitsu par son père, professeur de ce sport, Nelanca a rapidement voulu essayer la lutte pour progresser. Le club de lutte de Nice l'a accueillie, et elle en est tombée amoureuse. Elle s'entraîne désormais exclusivement avec des garçons, car ils ont plus de force, ce qui lui permet de travailler davantage. Bien que son handicap soit reconnu, elle refuse le circuit handisport : « Je ne me sens pas assez légitime pour combattre contre des personnes handicapées », explique-t-elle avec humilité. Elle a développé une puissance dans le haut du corps, se spécialisant dans la technique du « bras-tête ».
Pour Nelanca, concourir parmi les valides est plus intéressant et apporte plus d'expérience. Sur le tapis, son handicap s'efface derrière sa détermination. Inspirée par les champions du club niçois Zelimkhan Khadjiev et Adlan Viskhanov, elle ne compte pas s'arrêter au bronze. Sa résilience et son courage font déjà d'elle une grande championne, bien au-delà des médailles.



