Le discret patron de l'AS Monaco
Écharpe autour du cou, installé dans sa loge ou celle du Prince Albert, parfois accompagné de sa fille Ekaterina, vice-présidente du conseil d'administration, Dmitri Rybolovlev ne passe pas inaperçu dans les tribunes du Stade Louis-II. Pourtant, ces apparitions publiques constituent pratiquement les seules occasions d'apercevoir de près le président de l'AS Monaco, tant l'homme cultive avec soin sa discrétion légendaire.
Une discrétion érigée en principe
Dmitri Rybolovlev, dont la fortune est estimée à 6,7 milliards d'euros par le magazine Forbes, n'a rien contre les médias mais refuse systématiquement les demandes d'interview. « Et vous ne le changerez jamais », affirme Bruno Skropeta, son ancien directeur de la communication de 2012 à 2018. « C'est sa personnalité et il a raison de s'y tenir. Il considère que ses collaborateurs doivent répondre. Il n'a pas d'ego. »
Un engagement constant malgré les apparences
Quinze ans après sa prise de pouvoir en 2011, le milliardaire russe de 59 ans demeure profondément impliqué dans le club dont il détient 66,67% des parts, le Palais princier possédant le reste. Son entourage reste muet sur le projet de vente du club qui avait fuité fin 2023, lorsque Rybolovlev avait mandaté la banque Raine pour auditionner d'éventuels acheteurs. Le projet semble aujourd'hui en stand-by, et le patron tient fermement la barre.
« Il ne va pas tous les jours à La Turbie, mais il est très engagé, constamment en lien avec le directeur général Thiago Scuro et le directeur technique Carlos Avina », révèle une source proche du président. Le rebond sportif que son club a enclenché fin février - neuf matchs sans défaite en Ligue 1 - l'aurait « apaisé », alors qu'il se lasse des exigences du fair-play financier et de la nécessité de combler le déficit structurel de l'ASM à chaque intersaison.
Un management exigeant
« Tout ça le préoccupe, il a le club dans son cœur », confirme une source interne. Rybolovlev aime challenger ses équipes et confronter son avis à d'autres. « Avec lui, il faut suivre. Je ne sais pas si c'est facile, mais on se voit grandir », détaille son entourage. Marc-Olivier Taccard, ancien responsable du pôle médias pendant cinq ans, illustre : « C'est quelqu'un de charismatique. Quand tu le vois, tu es plus au garde-à-vous qu'en détente. »
Ces deux dernières saisons, le président s'est rapproché du club de manière significative. Il a accentué la fréquence des réunions avec Thiago Scuro et Carlos Avina. En janvier, face aux résultats en berne, il a convoqué le directeur général, le directeur technique et les responsables du recrutement, Drissa Diallo et Renan Santiago, pour comprendre l'action de ses troupes lors des deux derniers mercatos.
Des relations directes avec les joueurs
Ces derniers mois, Rybolovlev a également reçu des joueurs à son domicile pour les rassurer, les encourager et manifester sa présence. « Il met la pression que tout le monde subit dans le football », lance un collaborateur actuel, tandis qu'un agent résume : « 80% du vestiaire n'a pas connu un autre président que Rybo. Le groupe est jeune. »
Une connaissance footballistique en progression
Marco Simone, son tout premier coach, est persuadé que Rybolovlev a progressé dans sa connaissance du football depuis 2011. « C'est une certitude », promet l'Italien. Bruno Skropeta ajoute : « Sa passion pour le foot vient sans doute de l'enfance, comme chez beaucoup de gens. Il a fait monter le club des bas-fonds de la L2 au sommet de la L1. On ne le fait pas sans avoir une connaissance. »
Le natif de Perm, qui a bâti sa fortune grâce à la vente d'Uralkali, affirme regarder de nombreux matchs à la télévision et lors de ses voyages. « Passionné » de sport selon différents interlocuteurs, il est capable d'évoquer la Ligue 1 ou la dernière journée de Ligue des champions avec ses collaborateurs, sans être pour autant devenu un spécialiste du jeu. « Son expertise est ailleurs », relate un salarié du club, au sujet d'un homme qui dévore les livres scientifiques.
Des maladresses et des controverses
Les échanges de Rybolovlev avec d'autres présidents de club ne l'exonèrent pas de certaines maladresses. L'un de ses anciens entraîneurs a eu l'impression que « les chiffres étaient plus importants que les résultats » lors de son passage. En 2023, son coup de pression adressé au groupe - menaçant les joueurs de s'entraîner une semaine supplémentaire s'ils ne terminaient pas dans le Top 4 - n'est pas passé. « Ça a tout cassé dans le vestiaire », se souvient un acteur de cette saison bouclée à la 6e place.
Marco Simone se rappelle : « Au début, je pense qu'il a mal dépensé par rapport aux conseils qu'il a reçus de personnes présentes pour d'autres intérêts. » Désormais, sa garde rapprochée est réduite. Olga Dementeva, sa directrice générale adjointe russe, serait ses yeux et ses oreilles à La Turbie. Elle est la seule à parler sa langue et le français, lui servant de traducteur alors « qu'il se débrouille » seulement en anglais selon un proche.
Des décisions qui interrogent
Aujourd'hui, c'est son lien avec son compatriote Vadim Khetagov qui pose question. Rybolovlev impose le kinésiologue dans des rééducations de joueurs - Paul Pogba serait notamment passé entre ses mains récemment. Peu convaincu par les compétences médicales du spécialiste, l'effectif suit quand même les injonctions du patron.
Alors que l'AS Monaco affronte Marseille ce dimanche 5 avril au Stade Louis-II, Dmitri Rybolovlev continue de diriger son club avec cette même discrétion active, entre implication profonde et distance stratégique, toujours attendu en Ligue des champions par un patron qui, malgré les années, n'a rien perdu de son exigence.



