Un appel historique pour sauver les Girondins de Bordeaux
Le 26 avril 2021, une lettre publiée sur notre site a fait l'effet d'une bombe dans le monde du football et de la viticulture. François Pinault, propriétaire du Stade Rennais et troisième fortune nationale, a lancé un appel vibrant à ses pairs, propriétaires de grands crus bordelais, pour qu'ils s'unissent dans un plan de reprise des Girondins de Bordeaux. Ce club, lâché par King Street et placé sous la protection du tribunal de commerce, traversait alors une crise profonde, laissant ses salariés dans l'incertitude et le désarroi après une défaite cuisante à Lorient.
La vision d'un homme d'affaires engagé
Dans sa missive, François Pinault, également propriétaire du Château Latour à Pauillac, a insisté sur la responsabilité locale des fortunes régionales. « Breton et propriétaire du Stade Rennais, je mesure depuis des décennies combien l'identité d'un club et si possible ses succès participent du contrat social dans une région », a-t-il écrit. Il s'est dit prêt à participer financièrement si un élan collectif voyait le jour, soulignant l'importance que chaque club soit tenu par des acteurs français et régionaux.
Cet appel n'est pas venu d'où on l'attendait, mais il a été largement relayé à travers la France. Contactant directement Sud Ouest, Pinault a évité de parler du match récent entre Bordeaux et Rennes, préférant se concentrer sur l'urgence de sauver les Girondins. Fondateur du groupe de luxe Kering, il a ainsi relancé un serpent de mer : la mobilisation des grands propriétaires viticoles pour le club, une idée souvent évoquée mais jamais concrétisée.
Les réactions et les obstacles historiques
Dans le milieu, la proposition a d'abord surpris, car François Pinault est connu pour sa discrétion. Certains y ont vu un appel du pied à Bernard Arnault, son rival dans le luxe et troisième fortune mondiale, qui possède les Châteaux Cheval Blanc et d'Yquem. Cependant, l'initiative s'appuie sur une conviction forte : ancrer les clubs dans leur territoire grâce à des investisseurs locaux.
Pourtant, l'histoire montre que les grands crus ne se sont jamais vraiment mobilisés pour les Girondins. Malgré les tentatives de l'ancien président Jean-Louis Triaud, directeur du Château Gloria, et l'investissement de Bernard Magrez comme sponsor dans les années 1990, les propriétaires se sont plutôt tournés vers le rugby, via l'Union Bordeaux-Bègles et son collectif UBB Grand Crus créé en 2013.
Benjamin Hessel, propriétaire du Château des Annereaux et partenaire des Girondins, commente : « Le timing est très serré pour que le monde du vin puisse reprendre les Girondins dans le délai imparti, mais l'idée est très bonne. Les grands crus représentent des milliards d'euros et ce sont des économies pérennes. Le vin est une fierté locale, les grands crus aussi, les Girondins également. Il serait logique qu'ils s'unissent. »
Qui pourrait répondre à l'appel ?
La liste des potentiels contributeurs est prestigieuse : outre Pinault et Arnault, on trouve des familles comme les Wertheimer, les Castel, les Perrodo, les Rothschild, les Moulin, et des industriels tels que Dassault, Bouygues ou Fayat. Patrice Pichet, propriétaire des Carmes Haut-Brion, n'a pas rejeté l'idée, soulignant son attachement au club mais préférant se concentrer sur son cœur de métier, l'immobilier.
« Si la Ville de Bordeaux et la Métropole jugent nécessaire de réunir des acteurs économiques du territoire pour concourir à la pérennité du club, je serai bien entendu présent », a-t-il déclaré. Reste à savoir qui prendra le leadership, avec des sources viticoles suggérant que des châteaux moyens pourraient être plus réactifs. Un expert du dossier estime : « 150 châteaux qui donnent 150 000 euros par an pendant 10 ans, cela fait 225 millions d'euros. »
Pierre Lurton, président des Châteaux Yquem et Cheval Blanc, a promis de relayer l'appel auprès de Bernard Arnault. Ainsi, le premier objectif – interpeller – a déjà été atteint, ouvrant une nouvelle page dans l'histoire tumultueuse des Girondins de Bordeaux.



