Amoindri par une lésion musculaire à la fin de l’hiver, le meilleur buteur bordelais, à nouveau décisif lors des deux derniers matchs, a suivi la courbe de l’équipe. Il espère confirmer pour clôturer une saison qui marquera sa carrière. Et Papillon a repris son envol. Samedi dernier, contre Montlouis (4-1), l’ailier des Girondins Royce Openda, surnommé ainsi depuis son enfance pour la difficulté à l’attraper sur un terrain, a donné le tournis au côté gauche tourangeau : buteur pour ouvrir le score, provoquant le 2-0, mais aussi latéral gauche pour venir tacler son vis-à-vis dans une équipe bordelaise réduite à 10.
Un retour progressif après une blessure grave
« On s’était dit dès le début que, quel que soit le scénario, on n’allait pas subir et mettre de l’intensité. Même en infériorité numérique, le coach (Rio Mavuba) nous a encouragés à avancer », raconte l’international gabonais, qui n’oublie pas pour autant les opportunités manquées : « j’aurais dû marquer plus », glisse-t-il, paraphrasant le message de l’ancien entraîneur adjoint bordelais et buteur de Monaco Dado Prso, un « papa sportif » qui continue à veiller sur la progéniture. « Il m’envoie des messages avant les matchs pour être sûr que je suis concentré, et après pour me dire ce qu’il en pense », pointe le joueur de 24 ans.
Meilleur buteur et joueur le plus décisif de l’équipe (12 buts et 6 passes décisives), Openda n’a pas oublié l’impact sur son évolution du Croate et de l’ex-coach Bruno Irles « qui m’ont amené à ne pas avoir peur de l’échec, à tenter sans me poser de questions ». Cruel destin, la fin de l’aventure de l’ex-staff a correspondu au « coup de moins bien » de l’ancien Lorientais dont les buts de la fin de l’hiver cachaient des prises de balle moins saignantes et une activité déclinante.
« Deux semaines après mon retour de la Coupe d’Afrique des Nations (le 10 janvier), je me suis fait une déchirure au mollet grade 3. Ça ne me gênait pas plus que ça, j’ai voulu jouer avec mais à la fin, je l’ai un peu payé. Ça a été très difficile, j’ai eu un sentiment de culpabilité », glisse-t-il. Après le sommet contre La Roche-sur-Yon (0-1) puis une entrée à 0-3 la semaine suivante contre Chauray (1-3), il s’est arrêté pour de bon. « Le coach (Rio Mavuba) m’a dit qu’il comptait sur moi, mais qu’il voulait me permettre de souffler pour être prêt pour le final. »
Gestion émotionnelle et perspective de montée
Depuis un mois, Openda a donc « beaucoup allégé l’entraînement, fait des soins ». Se disant aujourd’hui revenu « à 90 % physiquement », il est ressorti de sa boîte, à Dinan (1-3) puis samedi dernier. « Dans le jeu, les consignes sont dans la continuité de ce qu’on faisait. J’ai peut-être un peu plus de liberté mais en revanche, je dois me replacer. »
L’attaquant ne voit pas dans sa blessure le contre-coup d’une première partie de saison où il a enchaîné sans coupure, avec la CAN venue lors de la trêve hivernale s’ajouter à un automne plein. « J’avais déjà joué autant à Lorient, mais peut-être pas de manière aussi répétée. » Il a aussi découvert la gestion émotionnelle d’un club historique où, même en N2, les louanges comme les critiques restent démultipliées, et parfois démesurées, selon les hauts et bas. « Je n’aime pas être visé et quand ça sort du football et devient irrespectueux, je suis obligé de me défendre. L’environnement est différent, mais je savais où je mettais les pieds et ça se comprend : les gens ont souffert les dernières années, c’est à nous de les amener », répond le natif de Libreville, qui, après son penalty transformé à Dinan, avait répondu ostensiblement à des injures entendues dans le public.
Royce Openda acquiesce à l’évocation d’une prise de conscience collective. « On se cachait peut-être derrière le départ du coach. Après Lorient (2-3), on s’est dit les choses, que nous on avait peut-être pas fait le travail, qu’on avait fait des bonnes choses la majorité de la saison et qu’il fallait retrouver nos bases. » La montée ? « J’y ai toujours cru, tout le vestiaire y a toujours cru. » Le verdict influera sur son avenir, avec une année de contrat supplémentaire automatique en cas de Ligue 3. « Je ne pense pas à ça. Je prends les choses étape par étape. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, ce sont les matchs à venir, c’est de mettre ce but en plus qui va nous aider à y arriver. » Dès ce samedi à Bayonne.



